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VOYAGES RÉELS et IMAGINAIRES au NÉPAL (été 2009, été et automne 2011 ).

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KATMANDOU, FREAK STREET (Nouvelle) (29.10.2011)

 

KATMANDOU

 

FREAK STREET

  

 

(Nouvelle)

 

 

 

1

 

 

AUBE

 

 

Je me lève tôt, avant le soleil.

Je n'ai nul goût de rester au lit quand le soleil sonne le diapason d'une journée nouvelle.

Une douche m'éclaircit l'esprit. Et je quitte ma chambre.

 

 

Sur la place de Jhochhen, un chauffeur de taxi attend les touristes du quartier dès l'aube.

Ils gagnent l'aéroport ou veulent prendre un bus pour la montagne.

Freak Street, les boutiques sont encore fermées. Je croise trois ou quatre chiens, autant d'êtres humains.

Au bout de la rue, on empile les journaux sur le trottoir. Deux vendeurs en prennent un tas pour les distribuer dans le quartier.

 

 

La grande place de Basantapur semble vide.

Assis sur un muret, de rares passants savourent un thé.

Sur ce vaste rectangle pavé de briques, quelques marchands s'installeront après 6h30.

La plupart montent leurs planches inclinées sur des boîtes de conserve vers 7h30.

Les touristes auxquels leur pacotille est destinée arriveront plus tard.

 

 

Au bout de Basantapur, une bourse au travail informelle fonctionne déja. Des colporteurs chargent sur leur dos des tapis sanglés, un  tapis roulé sur une épaule. Et ils commencent leur tournée.

Il fait beau.

En cette fin septembre, le polo ou la chemisette suffisent.

La mousson semble avoir tirée ses dernières bordées de déluge.

 

 

2

 

 

GROUPE DE CHANTS

 

 

À 6 heures, je m'assieds sur une natte, près de mes amis musiciens, sur une terrasse du Kasthamandap.

Chaque année en septembre, ils donnent un mois de concerts et de chants entre 6h et 7h du matin. 

Chants religieux en l'honneur de Ganesh, Shiva et Vishnou.

Il manque une dizaine de personnes.

La musique commence avec deux tambours, des coupelles et des cymbales.

 

 

Très vite, les autres membres s'asseyent parmi nous. Le joueur d'orgue électronique débute sa partie. Les chants se renforcent.

Le concert est vraiment lancé.

En quelques minutes, nous plongeons au coeur des rythmes, notre peau devient électrique, nous galopons avec fougue en une extase immobile.

 

 

Il faut s'oublier, vivre les tempos, saisir la première vague et se laisser porter au coeur de la musique.

Le temps ouvre ses gouffres de paradis, les visages deviennent extatiques, illuminés d'un sourire ou d'une gravité de braise. 


 

3

 

 

BANANES ET THÉ

 

 

Achat de bananes à ma vendeuse favorite, après le concert.

Deux thés près du temple Trailokya Mohan Narayan.

La femme me prête un plateau. C'est pratique pour monter les marches jusqu'au sommet du temple.

-"Namaste !" et je lui tends son gobelet de thé.

-"Namaste !" répond-il avec un sourire.

 

 

Le sourire n'est apparu que le troisième jour.

Il porte une casquette beige, une chemise beige à rayures, un pantalon de toile marron.

Des tennis bleues apportent une touche fantaisiste.

Je l'ai trouvé un matin, assis à la place où j'aime m'installer après le concert vers 7h.

 

 

Je m'assieds à côté de lui pour jouir du soleil.

Et j'écris un texte, porté par le rythme profond d'un chant à Ganesh, que mes amis musiciens affectionnent.

Ce jour-là, je n'ai acheté que des bananes. J'en mange une et je lui en tends une autre. Il la prend sans me regarder et la mange.

Aucun mot n'est échangé.

Il déplie son mouchoir pour le faire sécher. Je continue à écrire.

Ce premier jour, il s'en va sans me dire un mot, sans me regarder.

 

 

Le lendemain, j'achète un thé pour moi.

Et je lui donne une deuxième banane. Il l'accepte comme la première. Aucun mot échangé.

Mais au moment de partir, il me salue d'un namaste !

Le troisième jour, j'achète deux thés et je lui en offre un en le saluant d'un namaste ! Il me répond avec un grand sourire.

Nous avons trouvé les rites qui nous conviennent.

 

 

Cheveux blancs, légère barbe blanche ressortent sur son visage cuit et recuit par le soleil. Quand je monte les marches jusqu'à ma place, il est déja assis vers l'est. Tête baissée et yeux fermés.

Au repos, il attend. Il se réchauffe au soleil.

À ses côtés, je réfléchis, j'écris ou je regarde vaguement les passants en contrebas.

 

 

Nous ne nous parlons pas. C'est inutile.

La confiance réciproque suffit.

Avant de partir. il regarde les gens qui défilent tranquillement entre Ganga Path et Durbar Square. Il replie son mouchoir bien sec.

Il ne se mouche jamais dedans, préfère ses doigts.  

 

 

4

 

 

AU CLAVIER PIANISTE !

 

 

Retour vers Freak Street.

Je croise un groupe de musiciens, venant de Freak Street, sur la dalle de Basantapur, près d'une échope de thé.

Ils disposent en faisceau leurs saranguis. Et ils s'asseyent en cercle sur des tabourets autour de leurs instruments.

Peu après, le gamin arrive avec un plateau chargé de gobelets.

Et les musiciens savourent leur thé, sans trop de paroles.

 

 

Je vais travailler dans une cyberboutique, pour des séances de deux heures, entrecoupées d'une pause.

Je case deux séances dans la matinée, quand je ne suis pas dérangé par un ami ou un évènement festif imprévu.

 

 

Mes relations avec Tête de Pioche, le gérant du cyber, s'améliorent.

Pendant plusieurs semaines, je le salue chaque matin vers 7h30.

Je suis souvent son premier client.

Il n'a pas fini de nettoyer sa boutique.

J'attends souvent qu'il dépoussière écrans et claviers avec un gros pinceau. La poussière s'infiltre constamment depuis la rue, sillonnée par de nombreuses motos.

 

 

Tête de Pioche ne répond jamais à mon Namasté, ou mon Good Morning.

Mon salut se heurte et ricoche sur la carapace de son indifférence.

Obstinément, je persévère, maintiens mon bonjour chaque matin. 

 

 

Après trois semaines, il commence à réagir, esquisse une réponse.

Au bout d'un mois, il me sourit.

Avec stupeur, je constate qu'il dévoile peu à peu sa riche humanité.

Il me présente même à sa femme et à ses enfants.

Tête de Pioche s'est apprivoisé.

 

 

Je reviens souvent l'après-midi.

Deux autres personnes se relaient dans cette cyberboutique.

Le soir, un jeune homme y patiente jusqu'à la fermeture à 22h.

J'aime plaisanter avec lui avant de regagner ma chambre pour la nuit. 

Écrire, c'est approfondir sa vie, la lester de gravité.

Écrire, c'est accomplir ce pourquoi je suis né.

 

5

 

 

CIGOGNE

 

  

Ma meilleure amie est une Française de 26 ans, Cigogne.

Elle habite une chambre minuscule au 5ème étage d'une guesthouse de mon quartier.

Mais elle passe le plus clair de son temps sur la terrasse du toit au 7ème étage.

 

 

Cette agrégée de Lettres se donne une année avant d'enseigner à la Sorbonne. Elle passe son temps à lire, à écrire en plein ciel.

Jusqu'à présent, je n'ai pas eu l'honneur de lire ses fragments et ses paragraphes.

Entre gens de lettres, les rapports sont d'une pudeur réjouissante.

 

 

Nous ne nous bavardons une heure ou deux qu'au hasard des rencontres.

Nul rendez-vous fixé à l'avance.

Quand nous nous croisons, selon l'heure, nous allons prendre un petit-déjeuner ou un dîner.

 

 

En général, Cigogne me repère la première. 

À plusieurs reprises, je la croise sans la remarquer. Cela me surprend et me désole.

-"Dire que nous aurions pu nous rater... Heureusement que tu es plus attentive que moi !" 

Car des pensées m'assaillent sans cesse, y compris quand je marche à l'aventure.

 

 

Cigogne ne parvient pas à sortir d'une histoire de coeur brisé.

Il y a trois ans, elle a quitté son compagnon. Il a refait sa vie dans l'intervalle. 

Cigogne sait que le passé ne reviendra pas.

Mais elle demeure amoureuse de ce premier amour.

 

 

Je me moque d'elle pour cette fidélité déraisonnable.

Et je lui fais la cour.

Cela dérange ses plans de lecture et d'écriture.

- "Tu me perturbes ! Tu me déconcentres !", me reproche-t-elle.

Je m'excuse avec humour d'être vivant et amoureux.

-"Je suis la Vie et je frappe à ta porte ! Peux-tu rester cloîtrer en ta Tour d'ivoire ? Je suis une bouffée d'air. Un peu d'oxygène te dérangerait-il ?"

 

 

Apparemment, oui.

Car cette fugueuse disparaît de temps à autre.

Je comprends sa fuite et je compatis à sa peur.

Une peur qui remonte à l'enfance, qu'elle ne peut maîtriser.

Cigogne est un oiseau migrateur.

Impossible de lui en tenir rigueur.

 

 

Je lui fais découvrir Katmandou, l'entraîne dans mes quartiers préférés, ignorés des touristes.

 

Elle craint toujours de perdre son temps.

-"Je m'ennuie très vite avec la plupart des gens. Je devine ce qu'ils vont me dire... Je préfère prendre un bon livre. Je suis sûre de découvrir une pensée riche, d'avancer, de progresser..."  

 
 

6

 

 

PENSER COMME ON RESPIRE

 

 

Écrire beaucoup me plonge dans un état

de pensées continuelles

 

 

Je pense sans cesse

avec une profondeur surprenante

je vis dans un bain de pensée

 

 

Ma vie devient pensée

ou penser devient vie véritable

je pense comme je respire

avec une profondeur de souffle

une vivacité incoupçonnée

 

 

Une musique, un rythme intérieur

portent cette pensée

un des chants de mes amis musiciens

 

 

Participer à leurs concerts

c'était penser en musique

laisser mon coeur penser

comme si mon cerveau lui devait allégeance

 

 

Les battements du coeur rythment la pensée

la maintiennent en immersion

le coeur pense avec gravité

je pense à Cigogne à coeur direct

 

 

Penser et vivre, penser sa vie

ma pensée englobe ma vie par rapport à l'univers

 

 

Je pense sur le trempoline de l'amour

mes sauts périlleux prennent de l'assurance

je suis pirouette

un accent grave propulsé dans l'univers.

 

 

 

7

 

 

DERVICHES D'OMBAHAL

 

 

Je croise leur groupe en allant travailler un matin en cyberboutique.

Dans leur tenue sombre, ils jonglent avec un bambou courbe de plus de trois mètres de hauteur, au rythme de tambours et de gongs.

Ils portent un uniforme traditionnel (pantalon et veste) et une toque sur la tête.

 

 

Leurs démonstrations n'ont lieu que tous les douze ans, pendant deux mois (mi-août à mi-octobre).

Ils interviennent à Katmandou et dans sa vallée.

J'ai la chance de les découvrir un peu avant la fin de cette session 2011.

 

 

Sur une potence en bois, ces adolescents ou jeunes adultes s'exercent à leurs pratiques d'équilibristes.

Cela exige adresse et concentration.

La musique donne la cadence, imperturbable. Elle ne s'arrête jamais.

 

 

Fasciné par leurs exercices de gymnastes, je m'imprègne de leurs gestes lents et concentrés.

Ils utilisent la potence pour une personne, ou pour monter une pyramide de plusieurs membres. 

Un des plus jeunes monte au sommet. Une jupe blanche et une croix de David blanche, au dos de sa veste, le distinguent de ses camarades. 

 

 

Les derviches font passer le bambou derrière leur tête, derrière leur dos et devant eux.

Ils le maintiennent à la verticale, posé sur leur ceinture abdominale, sur une épaule.

Ou même posé sur leur front, leur menton ou dans leur bouche !

 

 

Lorsqu'un jongleur termine un exercice, il ferme les yeux.

Vidé de son énergie, il respire profondément.

Puis un sourire radieux jaillit sur son visage.

Je partage cette fatigue psychique et sa joie me transporte.

 

 

Les têtes de deux démons sont accrochées aux bambous-totems.

On joue avec pour montrer qu'on ne les craint pas.

On exhibe ces totems pour éloigner les autres démons.

 

Ces jongleries relèvent de l'incantation, de pratiques magiques.

Son adresse permet de se mettre en valeur aux yeux du groupe.

 

 

Ces démonstrations racontent la vie des origines dans la vallée de Katmandou.

Dans cette jungle, les animaux sauvages représentaient un danger constant. 

La vallée était hostile, couverte de marécages. On devait dissuader les démons d'approcher. 

 

 

 

On déguise deux garçons en démons, avec une combinaison et une cagoule noires. Une langue de tissu rouge pend de leur bouche.

Le public rit beaucoup, se moque de leurs galipettes et cabrioles.

C'est une bonne conjuration des anciennes peurs.

 

 

 

À SUIVRE...

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 22:47, le 8/11/2011 dans O. KATMANDOU FREAK STREET (nouvelle), Katmandou
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