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La carte des lieux visités
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VITA NOVA
(poèmes)
1
Au seuil de ma Vita Nova
je déclare une lourde hérédité
en égoïsme, en prosaïsme
J'ai lutté pour devenir
être humain et poète
la chenille endurait à la métamorphose
Le papillon jaillit, son vol
prend tous les détours de l'amour
écrit dans l'espace des poèmes
fleurs immatérielles du partage
2
Au seuil de ma Vita Nova
le regard traverse les continents
l'espérance ouvre tous les possibles
choisir une route et s'y tenir
Voie solitaire, imprévisible, créative
un combat de samouraï
expert à l'arc et au sabre
La poésie m'imprègne
d'un baume indestructible
Ma vie est conjuration contre la mort
une preuve que toute peur est dérisoire
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 19:55, le 28/10/2011 dans P3. VITA NOVA (poemes), New Delhi Mots clefs : |
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ARCHE D'ALLIANCE
(poème)
Au seuil de ma Vita Nova
mon coeur boussole oriente ma voie
Je refuse d'ignorer ceux qui ont faim
qui comptent sur moi pour survivre
À celui qui demande, je donnerai
j'obéirai à cette loi divine
Qui suis-je pour refuser
tout dialogue, tout contact ?
pour considérer mon prochain
comme un ennemi ?
Je ne vivrai plus séparé
de ceux qui souffrent
qui subissent les lois iniques
de ce monde inique.
La chaîne de ceux qui donnent et reçoivent
ne peut être brisée
Comme une Arche d'alliance
elle hisse ce bas monde
au-dessus des marécages
anticipe un nouveau déluge
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:10, le 27/10/2011 dans P2. ARCHE D ALLIANCE (poeme), New Delhi Mots clefs : |
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HOMMAGE
au
TIBET
(poème)
1
Si je veux garder ma pureté
je dédaigne de me laisser influencer
Si je veux garder ma pureté
je ne laisserais pas la vie me changer
Si je veux garder ma pureté
que mon coeur demeure un puissant conseiller
Si tu veux garder ta pureté
refuse de marcher au pas cadencé
Si je veux garder ma pureté
que le combat s'engage pour mes idées
2
Car je veux garder ma pureté
et qu'elle rayonne toujours en liberté
Car je veux garder ma pureté
y a-t-il un homme heureux emprisonné ?
Car je veux garder ma pureté
les Chinois sauront ma façon de penser
3
Si je veux sauver ma liberté
que la Chine cesse d'opprimer le Tibet
Afin d'honorer ma liberté
je rejette ces pseudo voyages au Tibet
Si je veux sauver ma liberté
je renie nos dirigeants agenouillés
Si nous voulons sauver la liberté
nous travaillerons à celle du Tibet
Si tu veux sauver ta liberté
tu prendras le risque d'être assassiné
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:44, le 26/10/2011 dans P1. HOMMAGE au TIBET (poeme), New Delhi Mots clefs : |
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DANSE
des
BAMBOUS
(derviches de Katmandou)
En hommage à Djalal-od-Din Rûmi.
1
Je fais connaissance avec les derviches grâce à leur musique.
Le 13 octobre vers 7h30 du matin, je marche vers la cyberboutique de Tête de Pioche, quand une musique de fanfare m'alerte.
Je reconnais des tambours, un gong...
À une vingtaine de mètres après la cyberboutique, un attroupement me signale que je brûle.
Une potence en bois est dressée à un croisement d'Ombahal.
Des derviches en tenue sombre s'exercent à leurs pratiques d'équilibristes.
Cela exige une grande adresse, une concentration entière.
Ils jonglent avec un bambou courbe de plus de trois mètres de hauteur.
Pendant leurs exercices, la musique donne la cadence, imperturbable. Elle ne s'arrête jamais.
Leurs pratiques rappellent vaguement celles des derviches tourneurs, secte fondée par Djalal-od-Din Rûmi au XIIIème siècle.
Je les appelle donc derviches.
Comme eux, ils portent un uniforme traditionnel (pantalon et veste) et une toque sur la tête.
Ils obéissent à des rites précis.
Dès la première demie heure, leur professeur m'adopte, m'autorise à entrer dans leur périmètre intérieur pour mieux les photographier.
Les jours suivants renforcent cette confiance initiale.
J'assiste à leurs prestations des 15 et 16 octobre à Ombahal, leur quartier de ralliement.
Le 15, je reste avec eux deux heures et demie en matinée.
Le 16, je passe la journée en leur compagnie.
C'est leur fête de clôture, avec un repas en commun vers midi. Et concerts, discours et réjouissances l'après-midi.
2
Le deuxième jour, Nikesh Maharjan, une vingtaine d'années, me donne quelques informations.
Leur groupe se compose de 52 membres, aidés par d'autres personnes.
Tous les douze ans, il se réactive pour des démonstrations avec leurs mâts de bambous en musique.
Il intervient à Katmandou et dans sa vallée.
Cette session dure deux mois, de la mi-août à la mi-octobre.
Les "derviches" viennent de terminer leur prestation.
À deux pas de la première fois, sur une place d'Ombahal.
Les spectateurs n'ont pas à craindre le passage de véhicules.
Fasciné par leurs exercices de gymnastes, j'oublie souvent de photographier.
Mais je n'en ai cure.
Je préfère m'imprégner de leurs gestes lents et concentrés.
Ils utilisent la potence pour une personne, ou pour monter une pyramides de trois, quatre ou cinq membres.
Celui qui monte au sommet est souvent un jeune homme, au costume particulier. Il porte une jupe blanche. Au dos de sa veste, une croix de David blanche le désigne facilement.
Leurs jongleries avec le long bambou m'impressionnent.
Ils le font passer derrière leur tête, derrière leur dos et devant eux.
Ils le maintiennent à la verticale, posé sur leur ceinture abdominale, sur une épaule.
Ou même posé sur leur front, leur menton ou dans leur bouche !
Ces exercices me passionnent.
Ils exigent un long entraînement et une concentration totale.
Lorqu'un derviche termine un exercice, il ferme les yeux, vidé de son energie et respire profondément.
Puis un sourire radieux jaillit sur son visage.
Je partage cette fatigue psychique et sa joie me transporte.
Plus question de photographie, je préfère partager leur merveilleuse pratique.
3
Au cours de la fête du dernier jour, un autre jeune, Rabin Maharjan, complète les maigres informations dont je dispose.
Les bambous sont des totems, où sont accrochès la téte de deux démons. On joue avec pour montrer qu'on ne les craint pas.
On exhibe ces bambous pour éloigner les autres démons.
On peut parler d'incantations, de magie, qui dissuadent les démons d'approcher.
L'adresse des joueurs permet de se mettre en valeur aux yeux du groupe.
Pour Rabin, les démonstrations de leur groupe racontent la vie des origines dans leur vallée.
La vallée de Katmandou était une jungle. Les animaux sauvages représentaient un danger constant.
La vallée étant inondée, il a fallu l'assécher.
La peau d'animaux tués sert à tendre les tambours.
À chaque fois, on déguise deux garçons en démons.
Ils portent une combinaison et une cagoule noires.
L'élément comique est leur langue de tissu rouge pendant de leur bouche.
Le public rit beaucoup, se moque de leurs galipettes et cabrioles.
C'est une bonne conjuration des anciennes peurs.
A SUIVRE...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:20, le 24/10/2011 dans N. DANSE des BAMBOUS (derviches de Katmandou, Katmandou Mots clefs : |
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DANS LE FEU
DU JOUR
(poème)
Je prie pour les pauvres en esprit
je prie pour les handicapés du coeur
les amis Gazelle et Thierry
les oubliés, épaves sans amis
Mon coeur - débutant besogneux - apprend
avec une lenteur d'autiste
ouvre ses valves dans le don
s'élargit, s'approfondit chaque nuit
Le présent s'électrise et charge
l'espace d'une liberté sans limite
j'offre attention et confiance
à qui je croise, dans le feu du jour
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 09:01, le 22/10/2011 dans M45. Dans le FEU du JOUR (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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L'IMPOSSIBLE
est
mon DESTIN
(poème)
L'amour boussole oriente mes choix
de question en question
je pousse le coeur à ses limites
au-delà, il libère et rayonne
De ma vie, fais ce qu'il te plaît !
Quel que soit le verdict
le coeur accomplira l'impossible
car l'impossible est mon destin
Avec la sûreté de l'instinct
l'écorché vif pense sa souffrance
la douleur brûle toute illusion
jusqu'au seuil d'illumination
Le résultat ne compte pas tant :
qui donc arrête le compteur ?
La route seule importe
avec sa liberté de musique et de coeur
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:27, le 21/10/2011 dans M44. L IMPOSSIBLE est mon DESTIN (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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LA PESANTEUR
et
LA GRÂCE
(poème)
Entre danse et musique
j'épuise l'obscur de l'eau vive
la pesanteur capitule
devant la grâce, seule réelle
Notre vie d'éphémère
ne rayonne que bouleversée
des orteils aux cheveux
que bouleversante
dans le regard de l'autre
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 10:46, le 20/10/2011 dans M43. La PESANTEUR et la GRACE (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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PHYSIQUE DU SÉISME
(poème)
Au séisme du 18 septembre 2011
18h18 heure locale.
L'amour secoue corps et âme
me décape au vitriol de ses extases
lessivé, essoré, je roule
et tangue dans la centrifugeuse
Quand l'amour naît d'un séisme
les répliques s'enchaînent et nous enchaînent
se jouent de nos lignes de faille
Bienvenue dans l'oeil du typhon
où je pleure le néant de mon coeur
où l'on vomit son fiel égoïste
où la moindre caresse de peau
bouleverse et dévaste
L'amour se plaît à saccager les nuits.
Que faire de ces nuits blanches
qui hurlent au désert du manque ?
Dormir devient le rêve d'un rêve.
Le jour, je divague en somnambule
des mirages me persécutent :
elle danse au-dessus des têtes...
Je me frotte les yeux : envolée !
Je me jette au lit et rêve d'elle.
Certains sont frappés d'un coup de foudre
notre amour naît d'un séisme
dormir devient le rêve d'un rêve.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:56, le 19/10/2011 dans M42. PHYSIQUE du SEISME (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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BILLY THE KID
(poème)
"Ne tourne jamais le dos à Billy The Kid !"
(Calamity Jane).
Entre bars et coyottes
j'erre dans le désert de Kat
autour d'une chambre haut perchée
comme un vautour, je joue du colt
Je suis Billy The Kid
le Visage-Pâle, consumé
de mon bonheur d'antan
je crève de soif et d'amour
Moi, un as de la gachette
je titube entre gin et scotch
je ne triche plus au pocker
et je vois double.
Et ma liberté de nomade ?
Où est ma fureur légendaire ?
depuis que Calamity Jane
a fait un hold-up sur mon coeur ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:24, le 18/10/2011 dans M41. BILLY THE KID (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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HOLOCAUSTE
(Poème)
Ma pensée oriflamme
mon coeur embrasent le temps
l'espace jusqu'au soleil
et je pourrai disparaître en fumée
J'engage le combat
entre la joie, le Mal
l'ennui, l'indifférence
car je pourrai disparaître en fumée
Je n'ai besoin de rien
je veux penser ma vie
et vivre ma pensée
avant que de disparaître en fumée
À l'aube, je prie le Ciel
que l'adulte réintègre
sa pure poitrine d'enfant
alors, que je disparaisse en fumée
L'amour ravage ma vie
brûle, ne laisse que cendres
hormis le clair Soleil
l'amour, origine de toute fumée
Je te donne mon coeur
je donnerai mon corps en holocauste
et tu feras de ma vie un poème
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:36, le 17/10/2011 dans M40. HOLOCAUSTE (Poeme), Katmandou Mots clefs : |
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CHAMPS
d'
EXCLAMAT!ON
(BRÉV!A!RE pour la ROUTE)
Tous les peureux de l'univers
cela fait du monde, mon frère !
Je refuse d'être un esclave
volontaire ou non, peu importe !
Pourquoi ma vie rayonne-t-elle ?
Je ne crains pas de vivre libre !
Au diable cette société
en ses sloggans, ses mots d'ordre !
Que chaque être pousse à sa guise
plante vivace au clair soleil !
Avec mon coeur en bandouillère
j'aime l'eau fraîche et j'aime à rire !
Sens-tu le souffle qui te propulse
dans le plein vent de trois soleils ?
S'il faut mourir un jour, mon frère
que ce soit dans un lit d'amour !
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:57, le 13/10/2011 dans M31. CHAMPS D EXCLA MATION (BREVIAIRE pour la ROUTE), Katmandou Mots clefs : |
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JOUEUR D'HARMONIUM
(poème)
Il fait la joie des veillées
l'étincelle inoubliable des fêtes
son clavier ouvre la voie au divin
Il chante la flûte de Krishna
l'herbe folle invincible
les femmes stupéfaites d'amour
Le sourire enchanté, yeux fermés
il voyage à la diable
en nomade enfiévré des steppes
Sa voix galope, à cheval
sur coupelles, tambours et cymbales
décolle jusqu'au coeur du soleil
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:55, le 12/10/2011 dans M30. JOUEUR D HARMO NIUM (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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SoNNeT
en
LiBeRtÉ
Je suis le vulnérable, le fou, l'émerveillé
ma peau d'écorché vif m'expose à coeur ouvert
je ne veux renoncer à rien de mes idées
au risque de mourir en gueux dans la misère
L'amour me décompose et je rêve de sommeil
serait-ce le nord ? est-ce le jour ou la nuit ?
Que dire à ces fantômes que je croise au réveil
qui m'interrogent encore sur l'amour et la vie ?
Au diable la culture et les orgies de lire !
Mémoire et coeur sont vierges, affamés de servir
pour ma Vita Nova, une chasse aux miracles
Ma vie se simplifie, j'élague tous les jours
ce que les hommes admirent, désirent - hors l'amour
je n'accepte que le pain, l'eau et la douleur
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:11, le 11/10/2011 dans M23. SONNET en LIBERTE (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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SAMOURAï
(Poème)
Longtemps, j'ai fait la guerre au monde
j'aiguisais mes épées sur mon coeur d'obsidienne
Aujourd'hui, j'ai pleine liberté de mourir
l'esprit endiamanté
Gorgé de semences, avec l'avenir
de maintes générations
Je plante sur le monde un regard délivré
et une croix de vérité
Seul l'amour me fait trembler
dans les cercles de ses lames d'acier
Un samouraï endure avec patience
se fait une alliée de la souffrance
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 16:34, le 10/10/2011 dans M22. SAMOURAI (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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OÙ L'ON BRÛLE
(poème)
A mes amis Derviches d'Ombahal.
Que la Joie m'emporte
au coeur de la souffrance
il faut se perdre et mourir
et renaître où l'on brûle
Entre deux rideaux de flammes
j'écris sur un pétale greffé
de lotus
la Genèse du monde
et des stances à l'avenir
Sous la cascade, je pense sans cesse
comme l'eau, j'aime l'humus
je chante en plein midi
la nuit mystique - et je danse
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:28, le 9/10/2011 dans M21. OU L ON BRULE (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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QUI SUIS-JE ?
(poème)
1
J'étais, je suis, je serai :
un inconditionnel des matinales
celui qui lèche la rosée des roses de sable
l'ardent ami des chanteurs de Ganesh
un marcheur acharné à la lenteur
le piéton de tous les détours
l'amant d'une jeune indifférente
le naïf, l'escrimeur dispersé
un coeur infatigable que rien n'arrête
un poète chercheur de vérité
une Plume qui vole sous la dictée
un rire de barbare peu bouddhiste
un voyageur libre en terre d'écriture
2
Qui suis-je ? (question ontologique)
l'identité ne passionne que la police
mes noms se ramassent à la pelle
j'étais, je suis, je serai
Sortons du temps - assez de crimes
durer n'a aucune importance
à la verticale de l'être
je suis
L. B.
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Publié à 03:54, le 8/10/2011 dans M20. QUI SUIS JE (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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MICROPROCESSEUR
(poème)
Un poème est une puce électronique
imprégnée de culture millénaire
un essaim de miel radioactif
une chaîne ADN de mots interractifs
Un poème est un microprocesseur
un concentré de symboles
une moëlle épinière vibrante
une merveille de densité spirituelle
Un poème est un supercalculateur
de rêves
un mandala de méditation et de prière
je respire dans un système d'équations
à douze inconnues
en ma vie - cette poésie en acte
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:31, le 4/10/2011 dans M1. MICROPROCESSEUR (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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FACES CACHÉES
de
LA LUNE
(Epîtres)
1
MISS DONJON
Après mon départ de Katmandou,
que vas-tu devenir
Miss Donjon ?
Je crains que tu ne t'installes au septième Ciel de ta terrasse, avec la seule compagnie des oiseaux migrateurs.
Les bipèdes de notre espèce ont besoin de manger.
Vivre en plein ciel ne suffit pas, Miss Donjon.
J'aime jouer aux osselets avec les gamins dans les cours de Katmandou.
Mais je détesterai retrouver un paquet d'os, vaguement reliés entre eux par une volonté d'écrire des Fragments.
Ton admirateur,
Docteur Volpius Goodworker.
2
CRISE DE PATERNITÉ
Ma fille,
Ton fanatisme me fait rire.
Existe-t-il encore un troupeau pour blanchotter, bêler des prières à l'Écrivain Divin, excommunier les infidèles analphabètes ?
J'ai goûté aux foucades de tes humeurs, Pisse-Vinaigre.
Point trop n'en faut.
Je n'irai plus visiter ta tanière.
Je n'aime ni le vinaigre, ni le venin.
Tu as gâché ma soirée, Bille de Bois.
En te quittant, j'étais sombre et mélancolique. Avoir une égoïste pour fille...
Je n'avais plus qu'à cuver toute tristesse.
Dans l'alcool, jusqu'à plus soif.
À la santé du Spleen, je t'offre quelques insultes :
Joli Bas-Bleu
Folledingue
Grenouille de Bénitier littéraire
Pisse-Vinaigre
Scorpion de mon Coeur
Graine de Guillotine
Amouravortédemavie
Vipèredemadouleur...
Accepteras-tu ces cadeaux à leur juste valeur ?
Hommages d'un alcoolique qui t'adore.
Nous ne sommes pas que des cerveaux, Miss. Nous avons un corps, un coeur, une âme et un esprit. Ne l'oublie pas.
Ton père qui t'aime,
Léonidas Strong.
L. B.
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Publié à 08:51, le 1/10/2011 dans L1. FACES CACHEES de la LUNE (Epitres), Katmandou Mots clefs : |
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DÉJEUNER
PHILOSOPHIQUE
(Katmandou)
Dans un restaurant, le hasard réunit un quatuor autour d'une table. Trois femmes et votre serviteur.
La compagnie étant de qualité, je me hasarde de penser à haute voix.
Mon démon (cet abîme de malice) me pousse à poser quatre questions aux convives :
A. Êtes-vous heureuse ?
B. Qu'est-ce qui vous motive pour bondir du lit au matin ?
C. Quels étaient les rêves de votre enfance ?
D. Les avez-vous réalisés en totalité ou en partie ?
Les trois femmes se prêtent au jeux des quatre questions.
Je les en remercie chaleureusement.
Après tout, personne ne les obligeait à répondre à des questions aussi personnelles.
X. OU DE LA CONFUSION
X. prend la parole avec fougue. Elle bafouille un cahot de réponses pendant plus d'un quart d'heure.
Grâce à la patience, à des questions précises, successives, j'arrive à lui faire dire l'essentiel. Non sans mal...
Y. parle de "Maïeutique difficile".
Je transcris ici un condensé des réponses de X., aussi compréhensibles que possibles, dans un souci de clarté.
Question A. "Oui, je suis très heureuse ! Je vis exactement comme je le voulais ! Je suis heureuse d'enseigner, d'acheter des vêtements quand j'en ai envie, de me faire plaisir dans les magasins. Je défends mes intérêts, cela me plaît. Il ne faut pas craindre d'être égoïste ! Cela fait avancer dans la vie. Et si je me sens bien, je peux aider les autres autour de moi !"
Question B. "Ce qui me motive pour me lever, c'est mon travail de professeur. Je fais la revolution ici. J'apporte beaucoup aux élèves. Cela me plaît. Depuis mon arrivée, j'ai beaucoup progressé. Il faut savoir se mettre en valeur. Cela permet de mieux défendre ses intérêts. Qui pourrait le faire mieux que moi ? Quand je me regarde chaque matin dans le miroir, je me trouve belle ! C'est très agréable, c'est une grande motivation pour progresser dans mon travail. Je n'ai pas honte de le dire."
Question C. "Les rêves de mon enfance ? Je suis Indienne, je n'avais pas de rêves. C'est un luxe pour les Occidentaux des pays riches. Ma vie était plus dure que la vôtre. Je devais d'abord penser à moi pour m'en sortir. Je voulais m'en sortir et j'ai bien réussi aujourd'hui. Je peux m'offrir les vêtements qui me plaisent, aller dans les boutiques. Je ne suis plus obligée de me freiner. Ma vie est bien meilleure aujourd'hui."
Question D. "Si j'ai réalisé mes rêves d'enfance ?
Bien sûr, comme professeur, je fais la révolution !
Je vis comme dans un rêve !
Aujourd'hui, j'ai lu un passage de Nietzsche qui me fait beaucoup réfléchir. Je prends mon temps, j'aime beaucoup lire ! C'est très bien pour mes élèves. Ils en profitent !"
Y. OU DE LA CLARTÉ
A. et B. "Ce qui me motive le matin ? Je me lève à 5h tous les jours avec joie. Je prends le rythme des Népalais. J'en suis contente. Cela me change. En France, me lever à 6h était plutôt pénible..."
C. "Enfant, je rêvais de voyages loin de l'Europe, c'est une tradition chez nous. J'ai pensé à écrire pendant quelques années. Mais je n'ai rien réalisé de sérieux, J'aimais lire. Je voulais être utile, faire quelque chose de ma vie."
D. "J'ai réalisé certains rêves de voyages en Asie, au Vietnam par exemple. J'ai quitté la Bretagne, où mon travail ne me plaisait plus. Depuis deux mois, je me suis installée à Katmandou, où je suis devenue professeur. J'ai complètement refait ma vie, y compris ma vie personnelle. Aujourd'hui au Népal, je suis heureuse."
Mon démon apprécie les réponses de Y., courtes et précises
Il me le fait savoir à sa manière, inaudible heureusement.
Z. OU DE LA FRANCHISE
C. "Enfant, je faisais des rêves de voyages pour découvrir le monde. Au collège, j'écrivais beaucoup au point de vouloir devenir un écrivain. Mais cela ne s'est pas concrétisé."
D. "J'ai pu réaliser certains voyages, à mon niveau. Je suis enceinte. Mais avoir un enfant n'est pas véritablement un rêve de jeunesse, même si j'en suis heureuse aujourd'hui."
C. -"Je m'aperçois maintenant que mes rêves sont encore à venir. J'ai trente ans, mais j'ai besoin de temps pour savoir ce que je veux vraiment accomplir dans ma vie."
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:09, le 28/09/2011 dans K. DEJEUNER PHILO SOPHIQUE (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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GROUPE de CHANT 2
(Katmandou)
Ce matin, j'arrive au temple un peu avant 6h.
Les membres du groupe de chant sont absents.
Je me promène aux alentours.
A 6h10, je comprends qu'ils ne viendront pas. La séance a été annulée.
Talonné par la faim, je repasse dans le coin après 11h30.
Le fast-food étant encore fermé, je sillonne Durbar Square.
Derrière le temple, je croise deux membres du groupe, que je salue.
Plus tard, je reviens vers le temple.
Une musique familière m'attire. Ce sont eux, qui chantent et jouent sur leur terrasse. Mais l'heure est inattendue : midi passée.
Joyeux, je m'assieds à ma place habituelle.
Une demi douzaine de personnes arrivent après moi. Je n'ai rien raté du concert.
Dix minutes plus tard, l'homme au plateau marque les fronts d'un Tikka et distribue une fleur de jasmin.
Sous le temple, l'espace est occupé en grande partie pour une opération de don de sang.
Une jeune fille s'active au micro, d'autres vont et viennent dans leur T-shirt blanc. Le don ne s'effectue pas sur place.
Une autre jeune femme aimerait occuper notre espace de chant. Pour quelle activité de "sensibilisation" ?
Ce brassage attire les touristes.
Beaucoup d'Occidentaux se renseignent aux stands, photographient notre groupe au passage.
Les membres ne s'en préoccupent guère, concentrés dans leur chant.
Un chanteur pousse le torse du manieur de bambou. Et s'énerve un peu. L'autre a dû le heurter par maladresse...
Cela me fait rire, comme tous ceux qui remarquent la scène.
Les pigeons, très gênants, doivent être délogés.
Je chante de plus en plus, porté par une musique que je comprends mieux. Sérénité, joie de voguer entre les rythmes, devenus familiers.
Le prêtre au plateau, au visage parcheminé, chante les yeux fermés. Il dodeline de la tête. En extase.
Je découvre un peu plus tard qu'il tient un temple de Ganesh au 1er étage d'une maison proche.
Les tambours roulent de plus belle. Cela annonce la fin du concert.
On se lève. On apporte de quoi boire.
L'un des chanteurs m'explique en anglais :
-"Aujourd'hui c'était le dernier jour après un mois de concerts. Nous ne reprendrons cette série que dans un an..."
-"Les concerts matinaux de 6h sont terminés ?"
-"Oui. Goûtez ! C'est une boisson à base de riz."
Je ne la trouve pas trop alcoolisée...
Un voisin boit de l'alcool blanc, beaucoup plus fort.
Je me présente brièvement.
-"À qui s'adressent les chants de votre groupe ?"
-"En l'honneur de Ganesh. Et certains sont dédiés à Shiva et à Vishnou."
-"Depuis une semaine, je suis heureux de venir partager vos chants. Quelle excellente façon de démarrer sa journée !"
-"Il va y avoir d'autres concerts en fin d'après-midi vers 18h. Mais pas tous les jours. Les concerts partiront d'ici et se déplaceront dans les rues."
-"Je viendrai vers 18h. Je vous trouverai un jour ou l'autre. Comment parlez-vous si bien anglais ? L'avez-vous appris à l'école ?"
-"Oui. J'ai été instituteur pendant des années. Comme vous, j'ai quitté mon travail..."
Les chanteurs se dispersent. On me demande de vider ma tasse pour aller les laver.
-"À bientôt. Je trouverai votre groupe. Nous aurons d'autres séances de musique et de chants !"
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:18, le 25/09/2011 dans J2. GROUPE de CHANT.2 (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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GROUPE DE CHANT
(Katmandou)
"Les sortilèges
ont menacé la terre entière
vivons dans le présent
épris de notre coeur d'enfant".
(chant d'amour et de mort).
Depuis quelques temps, j'aime venir m'asseoir parmi un groupe de chanteurs et musiciens du quartier.
Ils se réunissent de 6h à 7h le matin dans le temple Kasthamandap.
La musique est la plus dense entre 6h15 et 6h45, quand tous les participants sont arrivés et avant les premiers départs.
Le groupe se compose de vingt cinq à trente hommes.
Le joueur d'orgue électronique Yamaha, deux musiciens au tambour, un joueur de coupelles de bronze, deux autres de petites cymbales.
La plupart chantent et les textes circulent de mains en mains.
Ce sont des chants religieux, des bhavans, dédiés à Ganesh, Shiva et Vishnou. J'obtiens ces précisions d'un des chanteurs qui parle anglais.
Si l'organiste tarde, les musiciens présents jouent une musique lancinante d'attente.
Les tambours s'imposent en ce prélude.
L'organiste arrive, entame le premier morceau. Chacun connaît sa partie, chante ou joue avec aisance.
Les membres ont une place attitrée.
La première fois, j'ai dû trouver ma place, que je retrouve chaque matin.
Assis au bord extérieur de la paillasse, j'ai empiété sur l'espace de deux hommes : à gauche un chanteur moustachu à casquette, à droite le remplaçant du joueur de coupelles. Ce dernier a rechigné à m'accepter. Il ressemble à un plumitif sans imagination.
Le joueur principal de coupelles, un nain bossu fort laid, est un vieillard doué.
Très concentré, il joue à merveille et chante avec coeur. Il en devient vraiment beau. Il m'aime bien. Et vérifie qu'on n'oublie pas de me marquer d'un point rouge et de me donner une fleur.
Devant moi, un chanteur arrive souvent en retard. Il doit enjamber mon voisin ou mon corps pour s'asseoir au centre...
Le joueur d'orgue est assis contre le mur face à nous.
A partir de 6h15, un membre du groupe circule avec un plateau.
Il marque le front de chaque participant d'un Tikka rouge et lui donne une fleur de jasmin.
On la place sur son oreille droite, dans la pochette de sa chemise ou sur son couvre chef.
Une longue tige de bambou avec son feuillu permet de déloger les pigeons. Ils se perchent régulièrement sur les poutrelles, au dessus de nos têtes. Une plume volète de temps en temps.
Mais nous échappons ainsi à leur offrande matinale.
De plus, nous sommes nue tête.
Seuls deux chanteurs portent une casquette. Mon préféré est mon voisin moustachu de gauche, un des meilleurs chanteurs du groupe.
Une demie douzaine d'anciens préfèrent le calot traditionnel.
Les participants sont de tous âges.
Une jeune père et son fils de sept ans voisinent avec des vieillards et de nombreux quadragénaires.
Au fond du groupe, les trentenaires ne prennent jamais la parole, chantonnent au lieu de chanter.
Leurs regards vagabondent dans le vide.
Je ne manque aucune séance musicale.
Chants et musiques me calment, imprègnent leur rythme grave dans mon corps, nuages d'encens qui circulent, parfument mes heures.
Chants et musiques donnent à chaque matinée un ancrage spirituel.
Ensuite, je mange deux ou trois bananes, accompagnées d'un thé.
Perché sur un des temples, je compose un rythme en regardant les marchands, les passants et la vie qui prend corps.
Il est 7 heures. Cette journée est lancée sur une voie de lumière.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 03:42, le 24/09/2011 dans J1. GROUPE de CHANT (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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BUS DE NUIT
Assis dans l'obscurité, au sommet d'un temple près d'Hanuman Dhoka, nous évoquons nos voyages en Inde et en Chine.
Jeune Fille raconte quelques épisodes de son voyage dans le Sichuan.
-"Le tremblement de terre de 2008 a causé des dégâts considérables. Cela rallongeait chaque trajet de plusieurs heures. L'état des routes était lamentable. J'ai pris un bus de nuit, mais je ne pouvais m'endormir. J'avais trop peur des ravins, d'y tomber..."
Je garde le silence.
Son visage rajeunit. Je lui donne dix-huit ans.
Les yeux écarquillés, elle voyage dans ce bus. La nuit l'angoisse.
-"Finalement, j'ai quitté ma place pour m'asseoir près du chauffeur. Un besoin incontrôlable. Plus le temps passait, plus je me rapprochais de lui. Il fumait cigarette sur cigarette. J'ai accepté de fumer avec lui. Je contrôlais mieux le danger à l'avant. Peu à peu, il s'est occupé de moi. Il m'a donné un coussin, puis une couverture. C'était agréable de fumer sans rien dire."
J'attends la suite de son exploration nocturne.
Jeune Fille sourit à la nuit chinoise assise sur les marches d'un temple de Katmandou.
-"Tout le monde dormait. J'étais blottie contre le chauffeur. Il était content d'avoir de la compagnie en cette nuit interminable..."
La terre tremble dans le Sichuan.
La terre tremble à Katmandou.
Mais les bus continuent à rouler plein phares dans les montagnes, à se frayer une voie dans la nuit.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:49, le 23/09/2011 dans I. BUS de NUIT, Katmandou Mots clefs : |
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SéIsMe
à
KaTmAnDoU...
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LE SOIR MÊME
Dans une cyberboutique, j'avance un texte pour le blog "Histoires Népalaises".
Soudain une vibration violente, surgie de nulle part, me surprend.
Que se passe-t-il ?
Ma table tremble, mon ordinateur tremble, ma chaise tremble...
Un bruit puissant, croissant et saccadé, comme un tir d'arme lourde, envahit la salle et la secoue.
Les murs et le plancher vibrent bruyamment, se déforment bizarrement.
C'est un séisme !
En quelques secondes, le gérant et les clients se lèvent, se ruent vers la sortie.
J'enregistre mon travail et je quitte le site du blog.
Bon dernier, je traverse la pièce sur un sol instable, qui semble se gondoler.
Le bruit de bombardement saccadé continue, claque dans toute la rue.
Les gens sortent en masse sur la chaussée. Certains courent, d'autres crient. Des pétards éclatent à un carrefour.
La rue vacille, chacun se préoccupe de garder son équilibre.
Heure népalaise, il est entre 18h10 et 18h15. C'est le crépuscule.
Il pleut à torrent depuis deux à trois heures...
Soudain, je constate que les secousses se sont arrêtées.
Les passants se regardent ahuris ou effrayés.
En chemise, je marche sous la pluie jusqu'à ma guesthouse.
Désorienté, le manager se tourne dans l'entrée vers les uns et les autres :
-"Vous avez senti le tremblement de terre ?"
-"Bien sûr ! Tout le monde a vécu cela. La planète danse ! Elle fête la fin d'Indra Jatra !"
Business oblige, le manager retrouve le nord : "Partez-vous demain ? Ou restez-vous davantage ?"
-"Non, je reste au moins deux jours pour finir certains textes."
Protégé par une veste de pluie, j'arrive sur la grande place de Basantapur, couverte de monde.
Les gens prudents qui redoutent une réplique...
Traversée de Durbar Square sous la pluie. Les véhicules sont rares. Beaucoup sont arrêtés au bord des routes. Et des propriétaires ont évité de les sortir depuis les secousses.
J'entre dans une dhaba, commande des frites.
Je lance au gérant : "The Planet is dancing !"
Et je fais un clin d'oeil à l'un des adolescents serveurs. Les seuls que j'apprécie dans cette taule.
Sa bouille ronde se fend d'un immense sourire.
Le gérant, l'oeil plus vif que d'habitude, se veut original :
-"Vous avez senti les secousses ?"
-"Comme tous les vivants ! La planète danse ! Encore un coup de Shiva Nataraja... Le Seigneur de la Danse s'entraîne, travaille sa danse de feu volcanique !"
Le gérant me regarde avec amabilité. Sa femme sourit à la ronde comme une bienheureuse !
C'est la première fois que je les vois ainsi. Une peur intense leur a bouleversé les hormones, réinitialisé les humeurs.
Quelle joie d'être vivants, de vrais miraculés. La reconnaissance les illumine.
Ils ne sont même pas morts de trouille...
Vive les séismes, adoucisseurs des natures les plus revêches !
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INFORMATIONS DU LENDEMAIN
L'épicentre du séisme d'hier se trouvait à 270 km à l'est de Katmandou, du côté du Sikkim.
Un tremblement de terre de magnitude 6,8 sur l'échelle de Richter...
A Katmandou, le bilan est de trois morts. Mais les blessés graves affluent après l'effondrement d'un mur de l'ambassade britannique.
L'Inde a été touchée au Sikkim et au Bihar. Le bilan est de neuf morts et les blessés semblent très nombreux.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 15:17, le 18/09/2011 dans H. SEISME a KATMANDOU, Katmandou Mots clefs : |
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...Et je DANSE...
(Katmandou)
1
DaNsE DeS ScALpS
La première fois qu'elle entre dans la chambre de ma guesthouse, sa réaction est caractéristique.
-"Ta chambre n'est pas deux fois plus grande. Elle est TROIS FOIS plus grande que la mienne !"
Elle bondit dans la pièce, touche le plafond, mesure la distance entre le sommet de sa tête et le plafond.
Contente de sa trouvaille, elle esquisse un pas de danse, une pirouette.
-"Ce n'est pas très haut de plafond chez toi !"
Ses deux appréciations sont exactes.
Danseuse.
Un port de tête de danseuse.
Une discipline du corps et de l'esprit de danseuse.
Habituée à l'exercice rigoureux de la barre, aux entraînements systématiques, aux gestes d'horloger des corps.
J'ai la chance de voir Danseuse chaque jour pendant une dizaine de jours.
Nous discutons comme des possédés.
Quelle danse des scalps depuis le séisme, qui fait valser présent et passé à notre guise.
Danseuse fait danser mon coeur, sur une chorégraphie improvisée. Cela convient à ma façon de vivre au jour le jour comme un oiseau de nuit.
Va-t-elle réapparaître au tournant d'un rue ?
Peut-être dès demain.
Peut-être ne la reverrai-je jamais danser comme une Folledingue entre ses marathons de lecture et ses spirales d'écriture.
J'ai faim de vérité, davantage que de momos ou de chowmein.
La soif d'une vérité vivante me fait tourner chaque nuit au rythme de la planète.
Et je me réveille avant 5h, veilleuse nocturne, prêt à chanter le rêve et la lumière, hors le temps, hors l'espace.
2
DaNsEuSe
Je n'ai pas peur de l'amour
Danseuse, l'univers t'appartient
ivre de vivre libre - en cadence
nous partageons une heure
au hasard d'une rencontre
sinon la planète danse
en l'honneur de ton absence
Danseuse, j'ai soif de ton corps
mon coeur danse, contredanse
de l'ombre à la lumière
sur la marelle de tes humeurs
je trouve le sel et le miel
dans tes parfums les plus amers
- un amour bulldozer, invulnérable
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:36, le 12/09/2011 dans G9. Et JE DANSE (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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PROSES
de
KATMANDOU
1
L'amour me déborde.
L'amour travaille sa pâte, malaxe ma vie sans pitié.
L'amour change une chenille en papillon.
2
Tu cogites.
Tu rêves de me mettre sur la touche.
Comment serait-ce possible ?
Je suis réel.
Veux-tu me zapper comme un feuilleton télé ?
Je ne suis pas une parenthèse qu'on ouvre, puis qu'on ferme.
Je suis poésie en acte.
Espères-tu larguer la poésie ?
3
J'ai parcouru une route déja longue.
En avance, je suis et resterai.
Gardant le cap, j'approfondis mon sillon.
Personne ne déviera cette voie.
L'amour est vérité
il faut tout quitter.
Consulte ton coeur
et embarque à bord
si le coeur t'en dit
si tu en es digne.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:49, le 11/09/2011 dans G82. PROSES de KATMANDOU, Katmandou Mots clefs : |
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ENTRAILLES
de
KATMANDOU
(poème)
... je ne vais plus chercher à te voir
je vais m'enfouir dans les entrailles de Katmandou
et réfléchir
à une profondeur inaudible
une oubliette d'autiste...
... la pensée hurlera en mon corps tabernacle
épinglé de cristaux de pensée
pour l'heure, je déroule les bandelettes
j'offre fleurs, fruits et parfums
j'expérimente la souffrance, de chimie pure...
... je débusque les mystères de l'amour
ton absence devient torche
j'apprends la souffrance du manque
l'indispensable dépendance
mon regard perce les triples couvercles...
... allongé dans le cercueil du vieil homme
les yeux aveugles en leurs orbites
l'esprit jette le cri de l'aigle
avant l'éveil...
... découvrirai-je ton terrier
un enfer aux entrailles fumantes ?
Alchimiste, je distille filtres
potions : arriverai-je
à créer une Fleur de Miracle ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:52, le 10/09/2011 dans G81. ENTRAILLES de KATMANDOU (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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UN PETIT TOUR
À LALITPUR
(PATAN)
1
UNE JOURNÉE DÉJA LONGUE
Après la visite de Swayambhunath le matin, nous marchons jusqu'à Katmandou (Freak street), où nous déjeunons.
Nouveau départ pour Patan sous la chaleur de l'après-midi.
Sur Ganeshman Singh Marg, avenue bruyante et polluée, le parcours devient moins agréable...
Anastasia ne trouve pas ses repères. Pourtant elle prend souvent cette route pour aller et venir entre Patan et Katmandou.
À gauche, l'avenue descend vers la rivière. Impossible de se tromper.
-"Ce n'est pas à droite ! Nastia, c'est une question de logique ! La Bagmati et le pont vers Patan ne peuvent être qu'à gauche. On ne monte jamais une route vers un fleuve !"
-"Peut-être... Je n'ai pas ta logique. Je suis une femme... Je croyais que c'était à droite..."
-"Je ne suis jamais venu ici. Mais la logique est la meilleure des boussoles. Pour un homme comme pour une femme. Tu verras, la Bagmati se trouve quelque part dans cette direction !"
Sur cette avenue, j'échoue à repérer l'Alliance Française.
En discutant, ce n'est guère commode.
Je la trouverai deux jours plus tard, accompagné par Réjane, une professeur de français, fraîchement débarquée à Katmandou.
Au carrefour de Tripureshwor, le Stade national occupe une grande parcelle au nord.
Nous continuons sur Tripura Path vers la rivière.
Nastia achète une bouteille d'eau fraîche. Un excellent carburant avant d'aborder la montée vers Patan sous le soleil.
La Bagmati est toute proche.
À droite, une place accueille Tripura Bundari.
C'est un grand temple hindou tout blanc. Un mélange de styles lui donne des airs indiens, voire moghols.
De grands dragons dorés sont perchés sur le toit.
Nous quittons le trottoir poussiéreux et bruyant pour nous reposer dans la cour du temple.
2
WELCOME IN LALITPUR
Traversée du pont sur la Bagmati.
La rivière est plus large et beaucoup moins polluée que la Vishnumati...
Au bout du pont, une grande inscription accueille les arrivant :
"WELCOME IN LALITPUR"
Nous montons l'avenue vers le centre de Patan :
-"Comment as-tu trouvé ton appartement de Patan ?"
-"Mon ami népalais m'a envoyé des liens immobiliers. De Moscou, j'ai trouvé par internet cet appartement pour trois mois. Avant mon départ, j'ai payé le premier mois. Ici, je continue à payer les deux mois restant."
Nous passons d'ailleurs devant cet appartement, situé près de l'hôtel Himalaya.
Évitant Patan Gate et son péage pour touristes, nous descendons Pulchowk vers le centre de Patan.
Soudain, un homme nous interpelle. Je crois à un passant xénophile. Erreur, c'est le gardien d'un péage touristique qui réclame notre ticket !
Il a traversé la rue pour cela...
-"Nous habitons ici. Nous n'avons pas de ticket. Nous avons un appartement à Patan !"
L'homme nous dévisage. Et nous laisse repartir.
Welcome in Lalitpur !
En approchant du centre, je repère une cour et j'y entraîne Nastia :
-"I can't resist !"
Le temple est fermé mais sa façade est intéressante, décorée de sculptures de pierre, de bronze et de bois.
Pieds nus, je vais et viens, salue deux vieillards qui observent mes déambulations.
Nous nous reposons après la montée vers Patan, avec le silence comme complice. Une fontaine nous rafraîchit.
À l'entrée de Durbar Square, nous passons devant le Krishna Temple de pierre. Plus loin, le Krishna Mandir lui ressemble, avec une taille supérieure.
Nous nous asseyons sur un muret près du palais royal.
La métaphysique s'invite sans crier gare.
Qu'est-ce que le temps ? Qu'est-ce que l'amour ?
Des hommes en tenue traditionnelle vont et viennent.
Je pense au "Sage de Swayambhunath", rencontré le matin
-"J'aime les vieux ! Ils sont une preuve vivante de la durée humaine." Quelques secondes après ma déclaration d'amour, un vieil homme nous aborde.
En silence mais par gestes, il demande à manger.
Je me tourne vers Nastia :
-"Il semble avoir faim. Pourquoi ne pas aller dans une dhabba pour lui acheter à manger ? Nous pourrions aussi boire quelque chose."
Nastia me regarde avec un air de complet désaccord.
Surpris, je m'apprête à lui demander ses raisons.
Mais le mendiant est physionomiste. Ayant tout compris d'un regard, il nous quitte avec dignité.
Je ne dis rien. Mais je ne comprends pas le refus de Nastia.
"Never complain, never explain".
Traversée de Durbar Square.
Un spectacle humain de beauté, que ce soit à Patan, à Katmandou ou à Bhaktapur.
Les gens sont perchés sur les terrasses des temples à triple toits.
Une des meilleures activités qui soit.
Qui ne sait perdre son temps au spectacle de la rue devrait faire une pause dans sa vie.
Prendre mon sac à Katmandou, trouver une chambre à proximité.
Et venir ici avant six heures du matin, parfumer sa journée entière de beauté.
Des bandes de tissus rouges à liséré doré ourlent chaque toit des temples. Le vent en fait des drapeaux qui palpitent.
Si bien que ces masses de pierres et de briques respirent comme des êtres vivants.
Le premier qui eut l'idée de ces bandes rouges aimait les femmes.
Et la longue chevelure des femmes, qui ondule sous le vent.
Nous quittons Durbar Square.
Nastia m'entraîne par une rue squattée par les échoppes pour touristes. Pour un petit tour du vieux Patan.
Plusieurs places ressemblent à mes découvertes dans le vieux Katmandou.
Devant un petit temple, elle me demande de la photographier avec son appareil. Je l'ai souvent fait à Katmandou et à Swayambhunath.
Cette fois, je m'insurge :
-"Mais je ne suis pas photographe ! En voyage, j'ai peu de photo de moi. Je préfère photographier les autres."
-"C'est pour ma mère. Pour qu'elle voit où je suis passée."
Son cordon ombilical la démange...
De retour vers Durbar Square en discutant, nous sommes stoppés par une gardienne de péage.
-"Avez-vous un ticket ?"
Nastia et moi répondons en même temps. Ou plutôt à tour de rôle, avançant des éléments de notre argumentaire.
Nous commençons à être rodés !
-"Nous n'avons pas de tickets car nous n'en avons pas besoin. Nous ne sommes pas des touristes. Nous vivons ici à Patan, etc."
-"vous n'êtes pas des touristes ? Mais vous avez un plan de Katmandou dans votre poche !"
-"J'aime les plans et les cartes ! Nous occupons un appartement à Patan. Nous passons ici souvent. Impossible de montrer un ticket à chaque fois !"
-"vous ne pouvez passer sans ticket. Vous vivez dans un appartement de Patan ?"
-"Oui, nous y habitons pour trois mois. Pouvons-nous passer ?"
Finissons-en. Cette teigne est imperméable à la discussion :
-"Si vous le souhaitez, nous pouvons prendre ce chemin ! Nous reviendrons plus tard à Durbar Square... Et vous serez satisfaite !"
Un flottement dans l'air s'installe...
Je sens que nous pourrions continuer directement vers Durbar Square. Mais je n'en ai cure. J'entraîne Nastia vers la ruelle de dégagement...
3
TROIS PETITS TOURS...
Petit tour du pâté de maisons.
En deux minutes, nous sommes de retour sur Durbar Square.
Cette femme de la police touristique manque d'intelligence.
Nous nous perchons en haut du Krishna Mandir.
Plus bas, des gamins s'amusent sur l'esplanade.
Une femme policière les disperse.
Ils ne faisaient rien de mal.
Doit-on interdire aux enfants de jouer ?
Un Népalais nous interrompt, questionne en anglais :
-"Where are you coming from ? From Norway ? Do you speak langage from Norway ?"
Quelle idée bizarre.
Nastia et moi discutions comme toujours en anglais.
Mais ce Népalais a besoin de nous croire Norvégiens...
Plus tard, Nastia me guide vers sa place préférée, à travers le vieux Patan, en direction de Patan Gate.
Elle s'assied souvent sur un banc ou dans l'herbe pour lire.
Un petit temple est construit au centre.
D'un côté, un bassin vide accueille une fontaine.
De l'autre, un jardin plein d'herbes offre un paradis pour les enfants. Leurs mères peuvent les laisser jouer en sécurité, à l'intérieur d'un enclos.
Au fond de la place, un grand Nandi trône sous un kiosque.
C'est rare de voir le taureau de Shiva aussi loin de son maître.
L'après-midi décline.
Nastia me guide vers son appartement, situé à l'extérieur de l'enceinte de la vieille-ville.
Nous arrivons sur la place de Patan Gate.
La guérite de péage pour les tickets est déja fermée.
-"Mes amis envient mon séjour au Népal. Eux travaillent et moi je suis toujours en congé. J'envoie des articles, on me paye. Et j'arrive à vivre à ma façon."
-"Avec peu d'argent, on peut vivre simplement. Qui vit pour l'argent reçoit ce qu'il mérite... Être esclave de l'argent n'est pas une situation d'avenir."
Rester ou ne pas rester ?
La nuit tombera dans moins de dix minutes.
Je décide impulsivement de quitter Patan.
Et de prendre un bus pour le retour.
J'ai suffisamment marché pour aujourd'hui...
Des passagers grimpent dans un bus, dont le moteur tourne.
-"Je prends ce bus pour Katmandou, Nastia ! A bientôt sur internet. Et tu avais raison. Nous sommes chanceux de séjourner au Népal. Et de vivre à notre guise. Selon nos idées les plus essentielles."
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 15:22, le 9/09/2011 dans G73. PETIT TOUR a LALITPUR, Lalitpur Mots clefs : |
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Le SAGE de
SWAYAMBHUNATH
Je rencontre le vieil homme au cours d'une visite à Swayambhunath.
Nastia s'est éloignée pour répondre à un appel téléphonique.
Sur une placette, deux vendeurs de boutiques voisines me proposent successivement bols musicaux, masques ou musiques répétitives...
Je décline aimablement leurs offres. Un voyageur ne doit porter que des objets indispensables. Mes arguments sont solides.
Ce vieil homme me salue et nous nous asseyons sur un muret pour discuter en anglais.
-"Regarde celui-ci !" Il pointe du doigt un commerçant proche, qui arrange son étalage.
-"Il est riche, mais il n'est pas heureux !"
Ce jugement est prononcé à voix haute.
Le malheureux peut l'entendre et en être blessé...
Mais notre ironiste s'en moque.
-"Moi, je suis heureux. Je suis pauvre, il me manque les dents de devant..." La bouche ouverte, il désigne sa catastrophe dentaire.
-"Je suis heureux quand même ! Et toi, qui es-tu ?"
-"J'ai quitté mon métier de professeur. Je veux être un écrivain. Je voyage six mois en Inde et au Népal. Je suis libre et je n'achète rien. Je veux rester léger, libre d'aller à ma guise."
Nastia s'assied sur notre muret. Crispée et préoccupée par sa conversation téléphonique.
Dans ses explications confuses, je crois comprendre qu'il s'agit de sa sortie de la veille. De problèmes avec un ami népalais.
-"Ne pense plus à cet appel. C'était hier. Vide ton esprit de ces idées noires. Essaye de vivre ici et maintenant. Veux-tu essayer ?"
Elle me sourit, mais cela semble difficile...
Socrate intervient de nouveau :
-"Tu as de la chance d'être avec elle. Ta femme est plus ouverte que toi !" Je comprends son point de vue...
-"Peut-être avez-vous raison... Qui sait ? Dieu peut-être ? Mais Nastia n'est pas ma femme. C'est une amie, rencontrée il y a deux jours à Katmandou."
Il réfléchit quelque temps avant d'ajouter :
-"Et toi, es-tu heureux ? Ton amie te rend heureux ?"
-"Oui, je suis heureux. Mais ce n'est pas grâce à mon amie. J'étais heureux bien avant de la connaître".
Je me tourne vers Nastia :
-"Sorry, Nastia, mais c'est la vérité."
Elle me fait un signe de compréhension.
-"Voulez-vous un black Tea ?"
Nous acceptons son offre et il part s'en occuper.
Nastia m'apprend qu'elle a un boyfriend népalais. Elle est perturbée, car il vient de partir pour Dubaï...
De nouveau je tente de la calmer. Cela s'avère plus efficace.
Et mon Éos fait diversion. Ce réflex est plus perfectionné que son compact. Elle le prend pour faire quelques photos aux alentours.
L'homme revient et nous continuons à converser.
-"Mon père était un homme très riche. Un homme de loi. Nous ne nous sommes jamais entendus ! Longtemps, je n'avais aucune maison. C'est ainsi, je suis pauvre."
-"Vous êtes marié ? Vous avez des enfants ?"
-"Je suis marié, mais nous n'avions pas d'enfant. Alors nous avons adopté un garçon."
Un adolescent apporte trois milk tea sur un plateau.
Nastia revient à propos et nous recevons chacun un verre.
-"Habitez-vous ici à Swayambunath ?"
-"Non, j'habite à une heure d'ici."
Vient-il à pied ou en bus ? Le sage de Swayambhunath ne vit pas sur place. Mais il interrompt mes pensées.
-"As-tu des frères et des soeurs ?"
-"J'ai un frère et trois soeurs. C'est une chance."
Je me tourne vers Nastia : "Dès mon retour à Paris, une de mes soeurs m'invite à Bordeaux. Elle va prendre une semaine de congé pendant les vacances scolaires. Nager dans l'océan, pédaler dans les pinèdes et discuter sans contrainte. C'est idéal."
La situation de Nastia est différente :
-"Je n'ai qu'une soeur, mais nous ne nous entendons pas. Je ne l'ai pas vue depuis dix ans. À vingt ans, elle est enceinte et habite toujours chez notre mère. Elle ne s'en fait pas. Elle n'a pas de travail et vit aux crochets de notre mère..."
Avant que je réponde, l'homme braque sous mon nez ses deux poignets croisés :
-"Choisis une main !"
Amusé, je le regarde : est-ce un tour de magie ?
Plus rapide, Nastia choisit une main. Un petit papier s'y trouve.
Je tapote donc l'autre main. Dépliant un autre papier, j'y lis HORSE.
Nastia a tiré : BOUDDHA.
Le magicien nous montre deux statuettes : un cheval de bois et un Bouddha.
-"Thank you for the Bouddha !", remercie Nastia.
Accepter serait facile mais malhonnête. Je jetterai ce cheval avant la prochaine étape, pour ne pas m'alourdir.
Je refuse donc son cadeau, non comme cadeau mais comme objet inutile, en lui expliquant mes raisons.
Et Nastia récupère aussi le cheval.
Notre Sage a-t-il compris que son offre m'avait touché ?
Avec Nastia, nous descendons vers la zone où les drapeaux de prières forment des réseaux denses entre le stupa et les arbres.
Je lui explique pourquoi j'ai refusé mon cadeau. Un cheval ou un Bouddha étaient pourtant d'excellents présents !
Dès notre retour sur la placette, une idée me guide.
J'aborde le vieux sage, appuyé sur son muret favori :
-"I want your portrait to remember our conversation. Are you agree ?"
Il sourit et approuve l'initiative.
La photographie est réussie. Son sourire, édenté, est lumineux.
Je la lui montre sur mon écran numérique.
Il opine longuement de la tête.
Et nous nous quittons, contents l'un de l'autre.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:19, le 8/09/2011 dans G72. Le SAGE de SWAYAMBHUNATH, Swayambhunāth Mots clefs : |
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SWAYAMBHUNATH
ou
de la LIBERTÉ
J'ai rendez vous avec Anastasia à 8h sur le pont de Teku.
Elle arrive à l'heure et nous longeons la Vishnumati vers le nord.
La route est poussiéreuse. Heureusement, le trafic est assez faible.
La veille, elle a accompagné en bus un ami népalais en banlieue de Katmandou. Il allait à son école d'ingénieurs pour connaître ses résultats d'examens.
Sur la route, nous trouvons plusieurs lieux intéressants.
Une place simple avec un stupa bleu et blanc.
Plus loin, un temple hindouiste avec un triple toit dans une cour. Je discute avec un ou deux hommes, près desquels je m'assieds.
Un chien quémande des caresses, je lui en donne.
Nastia a peur des chiens, me montre une cicatrice à la jambe.
Depuis l'enfance, le traumatisme la marque encore...
Elle me donne même une dose de liquide désinfectant !
Nous franchissons le troisième pont, l'eau est toujours aussi polluée.
Des gros cubes de déchets sont stockés sur une rive...
En continuant tout droit, nous aboutirons à Swayambjunath.
Je suis venu par ce chemin en 2009. Je reconnais les lieux.
Depuis la Vishnumati, la route monte en pente assez faible au milieu des boutiques.
Nastia est originaire d'une petite ville (300.000 habitants) de la région de l'Amour, en Sibérie orientale.
À l'époque, elle a voyagé plusieurs fois en Chine.
Elle s'est mariée à 20 ans.
-"C'est trop jeune. J'aurais dû attendre. À cet âge, on ne sait pas vraiment ce qu'est l'amour !" Divorcée à 26 ans...
Les deux années à Moscou ont été pénibles.
Loger en banlieue moscovite n'est nullement paradisiaque...
Transports interminables et épuisants. Impossible d'écrire, de lire ou de se reposer dans les trains.
Subir une heure et demie au minimum debout, compressée contre les autres passagers, malmenée par des secousses violentes...
Elle pourrait réécrire "L'Enfer", version moscovite.
Nastia n'aime pas les transports en commun.
Quand je lui raconte mes virées en bus ou en jeeps en Inde ou au Népal, ses réactions sont révélatrices...
À l'opposé, je garde un excellent souvenir des transports parisiens (bus, métro, trains).
J'y ai lu des dizaines de livres et écrit de nombreux textes.
Le stupa se détache de loin au sommet de la colline.
Beau temps ensoleillé, ciel bleu.
Arrivés au pied de la colline, nous montons le premier escalier qui mène à trois superbes statues de Bouddha assis dans un sous-bois.
Premières photos.
Nastia me demande de la photographier avec son compact devant un Bouddha multicolore.
Je suis heureux de monter bientôt l'escalier principal jusqu'au site.
Mais où sont les singes ?
Un moine tient par la main un jeune garçon. Vieillesse et jeunesse s'entendent pour monter les marches avec lenteur.
Un homme dépose sur le socle d'une statue une lourde caisse.
-"You need rest, sir !"
Il parle anglais et nous sympathisons. C'est un vendeur qui porte sur son dos son fond de commerce... (je garde pour moi ce que cette situation a de symbolique).
Il tente de me vendre un bol musical. Je lui explique que je devrai, comme lui, porter sur mon dos chaque achat...
N'est-il pas plus sage de s'abstenir ?
Il se retourne alors vers Nastia.
La pauvre n'est qu'au début de tentatives incessantes pour lui fourguer telle ou telle camelote de Swayambhunath à Patan...
Devant son étal, nous écoutons le son de deux bols.
Nastia déteste le concert, ce qui règle la question achat.
Aux abords de l'escalier, les singes descendent la pente.
Le moine balaye une galerie, où il s'installe avec son petit-fils.
Nastia s'étonne. Venue à Swayambhunath en août avec un ami népalais, elle ne connaissait pas cet escalier. Ils sont arrivés et repartis par un accès sur l'autre versant de la colline.
-"Et puis il faisait très nuageux. Mes photos n'étaient pas réussies !"
-"Aujourd'hui tu as de la chance. Le temps est magnifique et tu découvres l'entrée principale avec son escalier pour chamois !"
À chaque pallier du long escalier, des statues, de petits stupas ou des chatyas ponctuent l'espace.
Les singes sont de retour !
Un Népalais leur donne une sorte de bouillie, rapidement distribuée.
-"Nastia, If you want to have good friends, come back here with bananas. Monkeys won't refuse your gift. They never can resist !"
On taxe les passants dans une guérite juste avant l'arrivée.
Pour les étrangers c'est plus cher : 200 roupies.
Au sommet, un gros vajra doré domine l'escalier.
Mais le point de mire est le magnifique stupa bouddhiste, avec ses yeux à la Big Brother.
Sur l'esplanade, le panorama est magnifique, dégagé sur Katmandou.
L'urbanisation gagne, s'étend en banlieue sur de vastes territoires.
Nous ne restons guère malgré l'heure matinale.
La chaleur monte rapidement.
Nastia actionne les tambours de prières, alignés en cercle autour du stupa. J'ai envie de photographier les mêmes détails qu'en 2009...
Des moines chantent en s'accompagnant d'instruments.
Seul, je me serais assis pour un bon moment en écrivant.
Alors je m'adresse à Nastia :
-"We are free to visit the site as we want, OK ? With our own rythme. For example, I can sit here with music and write a moment."
Derrière le stupa, des prêtres donnent leur bénédiction sous une toile de tente. Les femmes s'empressent.
Chacun circule avec son idée : offrir de l'encens, recevoir la Tikka sur le front, faire tourner les tambours de prières, photographier cette mini statuette de bronze, admirer le regard panoramique du stupa...
De temps en temps, la trajectoire de Nastia recoupe le mienne.
Nous discutons.
Un autre prêtre hindou, assis au milieu d'un attirail d'objets, célèbre un rituel avec un livre.
Foisonnement du polythéisme. Tous ces objets rassurent. Mais l'angoisse résiste...
L'encens embaume cet espace, ponctué par les flammes des lampes.
Une vieille femme a le regard incertain des condamnés à mort du lendemain.
La cour suivante est entièrement tapissée de pierre : stupas et chaityas se concentrent en une densité rare.
Contre un mur, entre les boutiques pour touristes et pèlerins, un Bouddha debout d'une pierre sombre ressemble aux Tirthankars jaïns.
Les boutiques proposent : masques, statuettes, bols musicaux, guides en plusieurs langues, encens, et bien des choses.
Nous descendons vers une petite place.
Un commerçant m'interpelle :
-"You are French ! Have a look in my shop !"
-"It's easy to know that. You see so many foreigners. And because my french accent in english !"
-"Yes, you are right. Your french accent... Do you want to see musical bols ?"
-"What is the country of my friend ? Maybe, It will be more difficult !"
-"I haven't hear your friend, sorry..."
De fait, Nastia s'éloigne pour répondre à un appel téléphonique.
Sans doute, un de ses amis népalais.
Je salue le commerçant, bavarde avec la vendeuse de l'échoppe voisine, qui me propose de la musique répétitive (la mélopée diffusée en continue dans les rues de Swayambhunath !).
Je me demande si je vais photographier une sculpture de Bouddha.
Un vieil homme m'aborde.
Je raconte notre conversation dans :
"LE SAGE DE SWAYAMBHUNATH".
J'en apprends beaucoup sur la vie de cet homme, qui nous offre le thé et deux statuettes (un Bouddha et un cheval).
Cette place favorise les confidences...
Nastia trouve son divorce positif. Il lui a permis de commencer une nouvelle vie.
Au cours d'un séjour d'un mois à Sydney, elle commence une relation avec un Népalais, de passage en Australie.
Elle est perturbée, car il vient de partir pour Dubaï.
Nous descendons un escalier vers un stupa, construit dans un sous-bois. Les drapeaux bouddhistes relient les arbres, sont des liens multicolores entre la terre et le ciel.
Un marchand nous aborde, s'accroche, mais je ne me soucie pas de lui. Il s'agrippe verbalement à Nastia...
Pendant que je photographie les drapeaux ou le stupa, Nastia se dépatouille avec Mister Ventouse.
Amusé, je corrige juste une de ses phrases :
-" You allways say : I will GIVE YOU... Really, is it a gift ? Or you just wanted to tell : I will SELL YOU ?"
Mister Ventouse me regarde avec stupeur, comme on fixe un sourd-muet qui se met à parler. Il s'éclipse aussitôt.
Le chemin mène à une fontaine de la paix.
Nastia envoie plusieurs pièces et réussit à en placer une sur le socle de la sculpture. Jack pot !
Elle est contente, car en août toutes ses tentatives avaient échoué. Nous nous frayons un chemin à travers le bagoût des vendeurs.
-"Ils m'agacent, ils sont vraiment pénibles !".
-"Je sais, quand ils exagèrent, la colère pointe. Le seul remède est une sérénité intérieure. Lorsqu'on est calme, personne ne peut nous déstabiliser. Même chose avec les animaux !"
De retour sur l'esplanade, nous visitons la petite collection de sculptures de pierre. Des dieux hindous et surtout des Bouddhas.
Elles sont souvent abîmées.
La dernière est un Bouddha couché, après sa mort, comme on les aime à Kushinagar.
La mort étant impopulaire, surtout pour ceux qui divinisent le Bouddha contre son gré, certains préfèrent parler de para nirnava...
Une galerie mène au premier étage d'un vieux monastère bouddhiste.
J'y grimpe pour faire quelques photos.
Restée en bas, Nastia circule autour du stupa.
Je passe une demie heure dans la salle de prières, qui me plaît pour son calme.
Un moine entretient des dizaines de lampes allumées, qui chauffent la salle et la nimbe de miel.
Sur une banquette près du gong, j'écris tranquillement des notes sur cette matinée.
La salle est très peu fréquentée. Un homme regarde mes écritures longuement, va faire une prière, revient regarder dans mon cahier...
Le moine a fini de s'occuper des lampes et se repose près de l'entrée.
Mais Nastia a dû me perdre, sinon elle m'aurait rejoint.
Je quitte le monastère, la trouve presque aussitôt près des tambours de prières.
-"Je t'avais perdu ! Je me demandais où tu étais !"
-"J'étais à deux pas d'ici. Tu ne pouvais me perdre !"
Et je la guide dans la salle de prières, où nous passons cinq minutes.
Après un dernier tour de l'esplanade, nous descendons le grand escalier, qui plonge vers Kathmandou.
Nastia se couvre la tête d'un écharpe blanche :
-"Je ressemble maintenant à une femme locale. Tu m'as prise pour une Italienne, car si j'ai une mère russe, mon père est Georgien. Mais je ne l'ai pas connu."
Moi, mon père, je ne le connais que trop.
Vivre à 10 000 kilomètres de lui est un bonheur.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:03, le 8/09/2011 dans G71. SWAYAMBHUNATH, ou de la LIBERTE, Swayambhunāth Mots clefs : |
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UNE RUSSE AU NÉPAL
(Katmandou)
La place de Katheshimbu est devenu un de mes lieux préférés au nord de Durbar Square.
Découverte la veille, j'y retourne pour y sentir le passage unique et mystérieux du temps.
Du haut du stupa principal, j'admire l'ensemble de la place quand une jeune femme me demande de la photographier avec son appareil près des moulins à prières.
Je m'exécute et conseille une seconde photo. Avec la place, les stupas et le vajra doré en arrière-plan. L'idée lui plaît.
-"Are you an Italian ?"
-"No, I'm a Russian."
Anastasia est une Russe de Moscou.
Avec un visa de trois mois au Népal, ce n'est pas une touriste ordinaire, ce qui nous rapproche.
Journaliste, elle écrit des articles dans des journaux pour des amis.
Et elle rédige des textes publicitaires pour un site internet.
Je propose d'échapper à la pluie dans un café.
Nous allons Thahiti Tole, boire un black tea et discuter tranquillement. La conversation vivace aide à oublier le thé, de l'eau chaude sans saveur, une lavasse.
Elle était perdue, est contente de m'avoir croisé pour traverser Thamel.
Anastasia a loué un appartement à Patan pour trois mois.
C'est la première fois qu'elle prend un congé aussi long, le fait d'avoir un point fixe au Népal la sécurise. Pourquoi pas ?
En réalité, elle a vécu en Sibérie orientale.
Après deux années à Moscou, épuisée, elle a quitté son emploi et son logement de location.
Elle voulait profiter de la nature dans un pays montagneux.
Nous remontons Thamel Marg plein nord, tournons à droite dans Tridevi Sadak. Anastasia s'intéresse aux boutiques de vêtements : pashmina, écharpes...
Je lui parle de Thangkas, de mandalas. Peu de réaction...
Un vendeur de rue demande 80 Rs pour sept bananes. Je lui en donne 35 en plaisantant ses tarifs. Affaire conclue.
Mangeant des bananes, nous arrivons au Garden of Dreams, situé avant l'intersection avec Kanti Path. L'entrée est payante : 80 Rs pour les Népalais, 160 Rs pour les étrangers.
Ce jardin privé accueille le Kaiser Cafe.
Un lieu paisible, de style anglais, avec des pelouses bien tondues, des éléphants blancs, gardiens de bâtisses pseudo mogholes.
Assis sur un banc près du café, nous profitons du soleil et du calme.
Nastia aime ce jardin, où elle est venue lire de longues heures.
Elle me montre quelques photos des environs de Katmandou.
Nous décidons d'aller à Swayambhunath dans deux jours.
J'y ai passé une journée en 2009, mais je n'ai rien écrit. Un regret, cela se corrige. Et dans quelques jours, je compte m'installer à Patan, plus calme que Katmandou.
Des Occidentales défilent en groupes.
Photographiant en continu, elles remplissent leurs cartes mémoire en quelques secondes avec des cris de plaisir.
Cela confirme mon goût très relatif pour ce jardin tondu au millimètre.
Encore un investissement d'un homme d'affaire helvétique ou autrichien...
Anastasia reçoit un appel téléphonique.
J'en profite pour faire un tour des lieux pieds nus.
Impossible de se blesser dans ce potager suisse.
Une terrasse donne une vue générale de ce "jardin des rêves".
Dormir ici perturberait mes rêves !
Le ministère des Affaires Étrangéres est situé derrière le café Kaiser sur Kanti Path.
Un ami doit venir chercher Nastia à l'entrée du jardin.
La nuit tombe, les oiseaux font un raffût dans les arbres et nous devons changer de banc pour nous entendre.
Je fais l'apologie d'une vie sans téléphone mobile...
-"Comment supporter la sonnerie de ce gadget dans ses poches ? Deux personnes conversent. DRING ! Une troisième s'invite par téléphone. Et avec leur GPS, les gens ne savent plus lire des cartes pour s'orienter. Même dans une ville comme Katmandou !"
-"D'accord, je ne sais pas lire des plans et je me perds tout le temps...
Mais je suis toujours en sécurité grâce à mon téléphone. Je peux appeller quelqu'un quand je me perds !"
-"Mais pourquoi ? Perds-toi ! Retrouve le chemin par toi-même ! De toute façon, se perdre est très utile. J'ai découvert des coins merveilleux en marchant au hasard, sans savoir où j'étais !
Nastia ne parle pas de son travail de journaliste. Étrange...
Comme son ami ne rappelle pas, nous sortons du jardin et l'attendons sur le trottoir.
Avec le trafic automobile et la pollution, ce n'est pas idéal pour continuer la conversation...
Son ami arrive en moto. Nous nous séparons et je retraverse Thamel en méditant sur les différences de qualité du temps.
La recherche du temps perdu ne m'intéresse guère.
Je lui préfère une qualité du présent, intense, du pain béni pour vingt siècles.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:11, le 7/09/2011 dans G70. Une RUSSE au NEPAL, Katmandou Mots clefs : |
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MANIF pour le
DROIT des FEMMES
(Katmandou).
A l'Immigation Office, qui a déménagé à Kalika Marg, je prolonge mon visa népalais d'un mois.
Cela coûte 5900 Rs, alors que j'ai payé pour le même délai à la frontière indienne 3500 Rs.
Les mathématiques appliquées aux visas sont une science surprenante.
Sur l'esplanade d'Exhibition Road, une manifestation se forme.
(Personnellement, je vote pour les manifs sur Exhibition Road !)
La plupart des banderolles sont en népali.
Mais j'en trouve deux ou trois en anglais, qui proclament :
"Une société libérée du trafic des filles !"
"Campagne commune pour l'arrêt des trafics d'êtres humains".
En clair, il s'agit de protester et de lutter contre la prostitution de jeunes népalaises. En particulier en Inde...
Le trafic est lucratif.
On promet aux familles pauvres monts et merveilles pour leurs filles. Les pauvres sont vendues ou remises en confiance et se retrouvent dans des bordels à Mumbai ou ailleurs.
Le cortège décrit une boucle dans le quartier, tourne à gauche à chaque intersection.
Il remonte Putali Sadak vers le nord, tourne dans Bag Bazar Sadak, descend vers le sud Durbar Marg, pour revenir à Exhibition Road.
En tête marchent quatre policiers, accompagnés d'un agent à talkie walkie. Ils sécurisent la marche, stoppent ou détournent les véhicules.
Jeunes filles et femmes sont majoritaires, mais des dizaines d'hommes participent. La plupart tiennent une petite pancarte écrite en népali.
Cinq femmes sont en uniforme bleu ciel, avec béret ou casquette.
Les saris individuels dominent, ainsi que les tuniques et pantalons légers. Mais des groupes ont vêtu des saris collectifs (jaune et orange).
Certaines étudiantes portent la tunique bleue de leur école.
Les hommes sont en pantalon noir et chemise blanche.
Mais quelques jeunes femmes adoptent la même tenue !
Les costumes gris et chemise blanche révèlent les notables.
Au début et à la fin du cortège, deux fanfares donnent un air de fête à cette marche de défense des droits des femmes et des filles népalaises.
Avec leur veste rouge, leur pantalon noir à bande dorée, une ceinture blanche et leur toque colorée à pompon rouge, les musiciens ont fière allure.
Trombonnes, cornets à pistons, trompettes, clarinettes, voisinent avec tambours, grosses caisses, et même des cornemuses !
Un homme, blouson sombre et casquette rouge, scande les sloggans par mégaphone.
Une jeune fille au T-shirt rouge joue le rôle de répétitrice.
Certaines femmes lèvent le poing avec énergie.
Des manifestants distribuent des tracts en népali aux passants.
J'en demande aussi en anglais, mais ils n'en ont pas... Quelques conseils aux organisateurs ne seraient pas superflus.
L'attitude des marcheurs est très variable.
Beaucoup de femmes gardent leur sérieux.
D'autres me sourient, plaisantent entre elles.
J'attribue le Grand Prix à un homme, qui danse dans le cortège !
Des photographes amateurs népalais profitent de l'aubaine. D'autres ont des appareils perfectionnés. Ce sont peut-être journalistes.
Je vais et viens le long du défilé, me servant de l'Ixus.
Cela ne gêne pas les Népalais, qu'ils soient en uniforme ou civils.
J'ai une grande habitude des manifs en France.
Deux jeunes étrangères sont aussi actives que moi.
Sur Putali Sadak, l'une m'aborde pour me faire la leçon :
-"You can't stay here. It's a protest ! You have to leave !"
Mais pour qui se prend-t-elle ? Je réplique :
-"I know what I have to do. Are you my mother ?"
La donzelle a quinze à vingt ans de moins que moi...
Quelle disgrâce : idiote et laide.
Sa jolie copine ne m'embête pas avec de telles bêtises.
Tout le monde est calme, cette manif est bien organisée.
Les passants la regardent souvent passer sans réaction.
La défense des droits des femmes et filles bafouées ne concerne-t-elle que la planète Mars ?
La musique est entraînante.
J'aime particulièrement les parties de cornemuses.
Mais à l'Immigration, j'ai attendu de 8h à 10h l'ouverture des guichets.
Vers midi, je suis épuisé par la chaleur, la poussière. le bruit et la pollution.
L'avant garde tourne déjà dans Exhibition Road. Je quitte la manif juste avant que le serpent Ourobouros ne se morde la queue.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:52, le 6/09/2011 dans G6. MANIF pour le DROIT des FEMMES (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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QUINZE ANNÉES À VENIR
Je réclame quinze ans pour vivre
tous mes rêves : anciens ou récents
pour transcrire aventures et mystères
en cette géographie du temps
J'irai de découvertes sur les autres
en révélations sur moi-même
de livre en livre, un auteur devient
souvent personnage de fiction
Je sculpterai la chair et l'esprit
évangéliste de l'éternel voyage
ainsi se forge dans l'amour
un mythe, arraché à la solitude
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:42, le 3/09/2011 dans G5. QUINZE ANNEES a VENIR (poeme), Katmandou Mots clefs : |
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DE MAKAN TOLE À THAMEL
(KATMANDOU)
Au nord de Durbar Square, Makan Tole est la rue oblique qui mène vers le nord-est.
Dans les rues latérales, les échoppes sont aussi nombreuses que sur l'axe principal. Elles occupent les rez de chaussée et souvent même une partie des étages, aux dépens des logements.
On vend de tout : instruments de cuisine, objets religieux ou parareligieux, chaussures, bijoux et montres, vêtements, pacotille pour touristes, tapis, radio et électronique, meubles...
Je découvre de nombreuses cours, qui possèdent un temple, un stupa, ou les deux.
Par exemple Ratnakriti Mahavira..
Sur Indra Chowk, la circulation est dense, la chaleur rend la pollution pénible. On respire davantage de poussières que d'air.
Sur les marches d'un petit temple, je regarde cette agitation déraisonnable. Des voisins contemplatifs, un buveur de thé et un vendeur de tapis, semblent partager mes pensées...
Les rickshaws ont un endroit où se garer. Mais certains occupent d'autres zones. Des policières les déplacent fermement.
J'entre dans le temple principal Akash Bhairab.
Sa belle façade est attractive, avec ses griffons de bronze en mouvement. Des commerces occupent le RdC : vendeurs de boissons, épiceries, bondieuseries.
A l'étage, on voit mieux les petits oiseaux de bronze du toit ou les griffons.
...................
Sans cesse, je quitte la voie principale, pour les ruelles.
Surprise ! Je débouche au fond d'une cour, occupée par un immense temple. C'est Jana Bahal.
J'en fais le tour. Une association a posé un écriteau qui m'apprend son nom. Elle demande des dons pour l'entretien du temple.
Je reste longtemps à profiter du calme, de la beauté des lieux.
L'entrée principale donne sur Makan Tole.
Mais je continue par une sortie secondaire, qui débouche sur une autre place : Bhendasingh Tole.
Des boutiques de poteries créent un bazar incroyable.
Tout l'espace est occupé par un empilement de jarres, tirelires, coupes, vases, Bouddha, animaux variés, pots, bougeoirs, lampes, bols,...
Des étalages de masques complètent cette galerie hétéroclite.
Je commande un thé, entre deux entassements de poteries.
Une femme cherche un animal. Elle opte finalement pour un éléphant de taille moyenne, après avoir manipulé plusieurs bestioles, dont un énorme éléphant.
Que va-t-elle en faire ? J'admire la patience de ses deux compagnons.
Du haut du temple de la place, j'ai une vue plongeante sur le bazar aux poteries. Côté rue principale, les terrasses du temple sont le repère de porteurs du quartier.
Avec leur corde prolongée d'un sangle et leur short, on les reconnaît facilement. Ils sont petits, maigres, leur peau est tannée par le soleil. Allongés, ils se reposent. Ou discutent assis en fumant.
Leur patron va et vient. Intrigué par ma présence, il me pose quelques questions.
Retour à l'axe principal.
Je vais jusqu'à Asan Chowk, qui contient un marché actif.
Des vendeurs s'occupent en épluchant des melons. En manque de fruit, j'en achète un.
Le petit temple Annapurna attire des femmes. Leur dévotion semble particulière.
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Je choisis ensuite Bhotahiti.
Vers l'intersection avec Kantipath, le nombre de librairies augmente. Mais je n'y trouve pas le plan de Katmandou qu'il me faut.
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Dimanche 4 septembre :
D'Asan Chowk, la deuxième rue à gauche est Tyoda.
Je marche vers le nord sous la pluie. Affamé, j'achète des cacaouettes et deux beignets. Plusieurs petits temples occupent des placettes.
Tahiti Tole est une place de caractère.
Un grand stupa blanc et jaune en occupe le centre.
Le Natyeswor Temple, au nord,
La place regorge de restaurants, d'agences, de boutiques variées.
J'entre dans une guesthouse pour connaître leurs chambres (400 Rs). Celle que je vois sent vraiment le renfermé...
Des cybers sont installés Nithyanath Marg.
Après un crochet par le temple de Ganesh, j'entre dans une ruelle qui mène à la place Katheshimbu.
Katheshimbu Tole.
Très beau stupa, à l'image de celui de Swayambunath, au centre de la place. Autour, des dizaines de petits stupas et de chaityas forment un ensemble de pierres, où les gamins s'amusent.
Malgré l'approche de la nuit, photos autour de la place.
Le monastère bouddhiste Choeling possède une grande salle flambant neuf. Du genre clinquant.
À côté, un gros tambour à prières tourne automatiquement.
Dans une salle de classe ouverte, je surprends quatre moinillons qui s'amusent... Ils arrêtent leur jeu aussitôt...
Plus loin, ce sont les cuisines.
A la sortie, discussion avec deux jeunes femmes.
J'entre dans leur boutique de thangkas. Leur qualité ne me tente guère...
Je promets de revenir le lendemain. Des photos s'imposent de la place et du quartier.
Le lendemain, je reviens sur la place Katheshimbu.
J'y rencontre Nastia, une jeune Russe, qui loge à Patan.
Elle est un peu perdue à Katmandou et je l'aide à s'orienter.
Nous passons l'après-midi à Thamel et au Garden of Dreams.
La géographie, ça ne sert pas seulement à faire la guerre...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:29, le 2/09/2011 dans G44. DE MAKAN TOLE A THAMEL (Katmandou), Katmandou Mots clefs : |
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À YENGAL
(Katmandou)
1
Un après-midi, j'ai besoin de décompresser après une matinée de travail.
Je m'enfonce au petit bonheur dans Yengal. Cherchant les ruelles, l'ombre et la tranquillité.
Le corps marche, l'esprit s'envole dans l'allégresse.
Je traverse une, deux, puis une troisième cour.
Dans le fond, des enfants jouent sur le seuil d'une maison.
Au centre trône l'oratoire bouddhiste habituel.
J'aimerais leur faire raconter, à tous ces oratoires et stupas des cours de Katmandou, ce qu'ils ont vus et entendus ces derniers temps.
Cela nécessiterait de nombreuses veillées et nuitées, adossé à une margelle ou à un mur. Les Mille et Une Nuits de Katmandou.
Et qui tiendrait la Plume ?
Un garçon s'approche, m'interroge en népali.
Je fais signe que je ne comprends pas.
- "Can you speak english ?"
Une fillette répète après moi : "Can you speak english ?"
Nous éclatons de rire et je les accompagne sur leur seuil.
A trois, ils reprennent une partie d'osselets, avec cinq cailloux.
Aussitôt, je m'insère dans le jeu, accroupi sur une marche. Une position incommode, je rate d'entrée mon premier essai.
Tous éclatent de rire, réjouis de cet échec.
Je ne serai pas un rival dangereux...
Nous sommes quatre joueurs.
Sur le seuil, un garçon triche très vite pour ne pas se laisser distancer.
Une fillette habile, la meilleure du groupe, enchaîne avec aisance les jeux, assise sur une marche. Un caillou, deux cailloux, trois cailloux...
L'autre garçon ne sait pas jouer, rate tout ce qu'il tente.
Quand un joueur perd, les autres manifestent leur joie.
L'excitation devient générale.
Peu à peu, je m'améliore.
Saisir les petits cailloux, les envoyer en l'air, les rattraper au vol m'amuse. Je retrouve un plaisir oublié.
La fillette me montre l'enchaînement des jeux et nous prenons de l'avance. Je favorise mon voisin, qui ne sait pas jouer Je lui redonne les cailloux pour qu'il s'entraîne, après chaque échec.
Une gamine plus jeune perturbe nos parties. Elle se jette sur les cailloux, met ses mains partout. Je redoute qu'elle en avale un.
Une jeune fille la prend dans ses bras. Mais la gamine refuse de quitter un jeu si intéressant. On lui donne alors de minuscules cailloux, pour qu'elle les manipule. Ce qui la calme.
Je donne systématiquement une deuxième chance à mon voisin pour qu'il progresse. Le pauvre n'est vraiment pas doué.
L'autre garçon l'accepte, mais il continue à sauter des jeux pour nous rattrapper. La brunette experte ne se gêne pas pour le qualifier de tricheur !
Après les quatre cailloux, il y a l'arc de Triomphe, la tour Eiffel, le petit pont, la grotte...
La jeune fille, revenue d'une course, nous donne à tous une mini glace à l'eau. Redoublement de contentement.
Des gouttes sucrées tombent un peu partout, les doigts deviennent collants. Notre jeu se ralentit un peu. Mais reprend de plus belle des que les bâtonnets volent ça et là.
L'arc de Triomphe, la tour Eiffel et le petit pont me plaisent.
Et rattrapper d'un coup de poignet tous les cailloux jetés en l'air est une activité hautement recommandable.
La jeune fille vient de temps en temps aux nouvelles.
Une mère de famille nous regarde, sourie de nos facéties et retourne chez elle.
Je deviens de plus en plus agile.
Je pourrais distancer la fillette, mais je ne le souhaite pas.
Son anglais est inexistant. Elle me parle népali, je lui réponds en anglais. Nous nous comprenons parfaitement.
Qui me propose de les photographier ?
Je l'ignore encore. Un des garçons sans doute.
Nous nous levons pour commencer la séance.
S'asseoir sur les marches semble idéal. Mais la jeune fille et la fillette s'enfuient. Les deux garçons et la gamine réclament une photo !
Je retiens les volontaires.
La gamine fait des grimaces, mime un singe. Les autres rivalisent de clowneries. Quand je montre les images sur l'écran, tous approuvent et en redemandent.
Au moment où les effarouchées se rapprochent pour participer à la kermesse, ma batterie me lâche.
Depuis quelques jours, ce genre de soucis se multiplient.
Je retrouve dans mon sac un beignet, que je remets cérémonieusement à la gamine :
- "Honneur au plus beau des singes !"
Dommage que je ne possède, ni beignets supplémentaires, ni régime de bananes.
Je salue tout le monde et je promets de repasser un jour prochain.
2
Le passage sous plusieurs maisons est parfait.
Régulièrement, je me cogne la tête par inattention. Ou parce que je la redresse trop vite.
Je retrouve une rue plus importante.
A deux pas, je m'engouffre dans une ruelle, qui débouche sur une cour.
Je tombe sur deux Népalais, plutôt désoeuvrés.
D'autres arrivent, me saluent, repartent le plus souvent en moto.
Après les présentations, la conversation s'oriente sur la politique au Népal. Les maoïstes, le rôle de l'ancien roi, la démocratie installée depuis 12 ans. La situation depuis la fin de la guerre civile.
Ils insistent sur la corruption et la faible qualité du personnel politique. Le manque de vision pour créer une nation, mener une politique pour tous les citoyens.
Le Népal n'est pas encore une nation. Les groupes ethniques tirent à hue et à dia...
Un des Népalais défend d'ailleurs les Newars avec fougue : Les Newars ont une véritable culture.
C'est un excellent modèle pour le pays...
Le rôle des castes est aussi important qu'en Inde.
Cela va à l'encontre de l'égalité pour tous, proclamée à longueur de discours. Une égalité de façade, car beaucoup d'hommes politiques et de partis défendent en priorité les riches.
Leurs critiques pleuvent contre les gouvernements indiens :
1. Dans les années 1950, de mauvais traîtés ont accordé des territoires de langue népalaise à l'Inde : district de Darjeeling, Sikim, Nagaland...
2. Trois millions d'Indiens ont été admis à vivre au Népal. Ils possèdent la double nationalité. C'est une faiblesse du gouvernement népalais vis à vis du voisin trop puissant... Le roi a toujours refusé ce genre de marché.
3. L'Inde s'ingère dans les affaires intérieures du Népal. Les frontières sont poreuses. Les Népalais n'ont pas besoin de passeport pour se rendre en Inde. Une main d'oeuvre bon marché et docile...
Les trois amis veulent me montrer le plus ancien temple de la ville.
Jyoti me conduit sur une place que je connais.
Le temple est rarement ouvert. Mais on peut tenter sa chance pour une puja le matin ou le soir vers six heures.
Une association s'occupe de restaurer le temple. L'intérieur est en mauvais état.
Samedi, une journée est destinée à collecter des fonds.
Deux Népalais nous quittent.
J'échange avec Jyoti nos coordonnées. Il habite dans le quartier à Eko Bahal. Il me propose de venir samedi à Thamel pour le départ d'une procession à 7h30 du matin.
Comme je ne comprends pas le lieu exact du rendez-vous, je lui demande de me préciser cela par internet.
Nous nous séparons et je continue ma promenade vers Jaisideval.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:56, le 26/08/2011 dans G43. A YENGAL (Katmandou)., Katmandou Mots clefs : |
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KATMANDOU en FÊTE
1
Un matin, j'arrive à Katmandou un dimanche de fête.
Les fanfares parcourent le centre historique dans tous les sens.
Durbar Square et Basantpur regorgent de monde.
Les gens s'entassent sur les gradins d'une dizaine de temples pyramides pour assister aux spectacles de danses et aux concerts.
Ils se déroulent en fin d'après-midi et en soirée.
Je suis content de retrouver Katmandou.
Le contraste est frappant avec Darjeeling, où j'ai séjourné trois semaines.
A Katmandou, circulation et pollution ne se sont guère améliorées depuis deux ans...
Ce 14 août 2011, c'est GAÏ JATRA.
Ceux qui ont perdu un proche dans l'année peuvent participer à la procession de la vache.
En cas de perte d'un enfant, ils défilent déguisés en vache dans la rue.
En cas de perte d'un adulte, sa famille porte sur un brancard une pyramide de bambou, avec la photo du mort.
La vache sacrée (gaï) conduit les fidèles au paradis.
2
FÊTE DE LA NAISSANCE DE KRISHNA
(22 août 2011).
Un dimanche matin vers 7h, je décide d'aller à Durbar Square.
Surprise ! Une file indienne de femmes et de jeunes filles commence sur la place de Basantapur et avance lentement vers l'autre place sur 150 mètres.
Elles portent des offrandes au temple de Krishna : une plume de paon et une coupe contenant fleurs et fruits.
Dans le cortège, hommes et garçons sont absents.
Les membres du service de sécurité ont peu de travail.
Disciplinées, les femmes avancent paisiblement.
Les policiers en treillis léopard bleuté regardent nonchalamment cette file d'attente civilisée.
Je me poste en face du temple octogonal de Krishna.
Une jeune femme m'apprend que c'est Krishna Astami.
Ce 22 août 2011, l'on fête le jour anniversaire de Krishna. Femmes et jeunes filles sont concernées. Elles jeûnent jusqu'au coucher du soleil.
Dans la journée, des danses sont prévues.
Cette fête est la plus belle à Patan, où le temple de Krishna est très célèbre.
Les femmes montent l'escalier du temple de Krishna, touchent des reliques, remettent des offrandes, redescendent sur le côté par un autre escalier.
Elles se recueillent face à un petit oratoire, prient pour Krishna.
Des prêtres hindous leur donnent la bénédiction, avant qu'elles ne poursuivent leur parcours vers la grande statue de Kalo Bhairava.
Un ou deux sadhus, déguisés magnifiquement en sadhus, tentent d'attirer mon attention. Je n'ai que faire de ces arbres de Noël ambulants...
Quelques mendiants, assis sur la trajectoire des fidèles, attendent des dons : poignées de riz, dons en nature, argent.
De nouveau, j'ai des soucis avec l'Éos.
La plupart de mes tentatives de photos échouent...
Je retourne donc vers Freak street, pour un petit-déjeuner. N'étant ni hindouiste, ni femme, je n'ai nulle raison de jeûner aujourd'hui.
Dans l'après-midi, je m'installe au sommet du temple de Shiva pour écrire. J'y suis à la fois tranquille et sollicité.
Un marchand de thé, un mendiant, puis un vendeur de friandises me tirent de mes notes.
Un étudiant de 19 ans m'aborde timidement.
De sa banlieue, il a mis 45 minutes pour marcher jusqu'au coeur historique et religieux de Katmandou. Les minibus surchargés ne lui plaisent guère.
Il confirme les renseignements de la jeune femme sur cette journée commémorant l'anniversaire de Krishna.
Malicieux, il précise qu'en prévision de cette journée de jeûn, les femmes mangent davantage les jours précédents !
Dimanche prochain, la fête de Teej honorera Shiva et Parvati. Il tente de m'expliquer cette fête.
Un appel téléphonique d'un ami sur son mobile interrompe notre conversation.
Peut-il rejoindre son ami ?
Je regagne ensuite ma chambre, tape les textes du jour sur ordinateur.
Après vérification, Teej aura lieu le 31 août. Ce ne sera pas un dimanche, mais un mercredi.
3
FÊTE DE TEEJ
(31 août 2011).
Teej fête Shiva et Parvati, célèbre leur bonheur conjugal.
Les femmes prient pour le bonheur de leur foyer, le bien être de leur mari et la purification de leur propre corps et âme.
Elles doivent jeûner toute la journée. Mais des agapes ont lieu la veille, sous de vastes chapiteaux !
Après un thé et des beignets sur Basantapur, je vais à Durbar Square.
La foule est dense, il n'est pourtant que 7h30.
Les gens s'asseyent sur les terrasses des temples, en commençant par le haut.
Les saris rouges de cérémonie des femmes dominent.
Tous attendent passivement.
Je préfère aller voir vers Makan Tole.
Je m'attarde au temple de Machendranath.
Les femmes montent les marches, font le tour en offrant de l'encens, des bougies, une coupelle d'offrandes ou de l'argent.
Les cloches ne cessent de sonner.
A la périphérie intérieure et extérieure du temple, des prêtres attendent les fidèles. Elles s'assoient, reçoivent une bénédiction, sont marquées au front d'un point rouge.
L'encens et les lampes dégagent des volutes de fumée, les doigts se tendent vers les flammes.
Les timbres variés des cloches sonnent à la volée du grave à l'aigu. Certaines femmes s'amusent à carillonner !
Un prêtre ouvre le temple, bénit à la chaîne les femmes qui défilent.
Des policières en combinaison bleutée guident le flux, n'hésitent pas à intervenir. Pourtant tous sont calmes, recueillis, malgré la ferveur générale. La prévention est active...
Je me poste devant un autel.
Que fait cette femme, qui stationne depuis longtemps ?
Elle récupère les pièces, déposées peu à peu. Les ramassant quelques secondes après chaque offrande... Un vrai lézard.
Le reste de la matinée, je m'enferme en cyberboutique pour écrire.
Je reviens sur Durbar Square en début d'après-midi.
Devant le temple de Shiva et Parvati, de petits groupes mettent de l'animation. Ils jouent de la musique, dansent, battent des mains et chantent. Les danseurs sont surtout des femmes, dans leur plus belle tenue, qui s'encouragent à la danse.
Il fait très chaud. Et les danses durent peu.
Après un démarrage rapide, la danse s'arrête avant les chants.
Il n'y a pas de transes, d'envolées lyriques.
Je traverse plusieurs fois les deux esplanades. La retenue est générale, parmi les danseurs comme parmi les spectateurs.
Le poste de police est stratégiquement placé au coeur des deux esplanades...
En face, on a installé une grande tente pour distribuer de l'eau potable aux assoiffés. On peut s'y asseoir à l'ombre, à l'écart de la cohue.
Plus loin, une tente abrite un autre stand de distribution d'eau et un coin infirmerie. Une civière y entre, portant une femme évanouie.
Assis sur le trottoir, des prêtres continuent à donner leur bénédiction aux fidèles. L'humeur est souvent cordiale avec les femmes, malgré la chaleur.
Difficile d'aller et venir, la foule est compacte.
Le temps vire à l'orage.
Retour au temple de Shiva et Parvati.
Trois groupes de danseurs, chanteurs et musiciens s'activent toujours.
Sur la tête des deux lions de pierre, des gamins se perchent, pour mieux voir. Je m'intéresse autant aux danseurs qu'aux spectateurs.
Mais des gouttes m'alertent.
Je range l'appareil photo et file vers ma chambre.
J'échappe de justesse à un orage violent.
A SUIVRE...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:40, le 24/08/2011 dans G42. KATMANDOU en FETE, Katmandou Mots clefs : |
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VIEUX QUARTIERS
DE
KATMANDOU
Je loge au sud de Durbar Square, en plein centre historique, dans le vieux quartier newar de la ville.
Dès que je franchis une avenue, je rebrousse chemin.
La circulation, le bruit et la pollution me font fuir.
Je préfère les villages agglomérés, les ruelles organiques, débouchant sur des places inattendues.
La vie populaire y est à la fois publique et secrète.
1
J'aime prendre mon petit-déjeuner sur une chouette place de marché : à Lagan Chowk. Un thé et des beignets font l'affaire.
Après quelques jours, j'y viens photographier marchands de fruits et de légumes et leurs clients.
La journée est ensoleillée, idéale.
Chapeaux, parapluies ou coiffures improvisées protègent du soleil.
Sur le pavé, une bâche en plastique isole la marchandise, étalée autour des marchands. Ils s'asseyent sur la bâche ou sur un cageot de plastique retourné, plus confortable.
Deux vendeuses se dissimulent sous leur parapluie, quand elles me voient venir. La plupart restent impassibles, attentives à leur commerce. D'autres me sourient, s'amusent de mes précautions de Sioux.
Un vieil homme, la tête couverte d'une chaussette géante, semble à des années lumière du marché.
Assis à terre, le dos très droit, il trône au milieu de ses légumes comme au seuil d'une grotte himalayenne.
On discute surtout à ras de terre, les clients s'accroupissent.
Je fais de même, attendant le moment de prendre une photo.
Mais après une vingtaine de minutes, mon Éos refuse de fonctionner. Je le range dans mon sac à dos.
Que faire ? Serais-je l'esclave d'un boîtier à reproduire le réel ?
Et je continue ma promenade.
2
Au sud de Lagan Chowk, je découvre par hasard plusieurs places de tailles différentes.
J'y reviens le lendemain, mais il pleut. J'utilise un petit Ixus, rapidement rangé dans sa housse.
Une vaste place carrée possède un grand stupa central blanc, posé sur une couronne de lotus rose.
Des sculptures de pierre bouddhistes, posées sur un yoni, sont alignées sur une grande partie de la place. Ils voisinent avec de petits stupas de pierre.
Des motos sont garées ça et là.
Entre les bandes d'enfants mobiles, les mères de famille sur les seuils et des jeunes gens appuyés aux murs, la vie ne manque pas.
Des gamins dépenaillés s'abritent sous une cabane de fortune, constituée de bouts de carton posés sur une clôture...
Je discute avec eux et j'admire la vivacité de ces Robinsons. Ils grimpent sur un petit stupa, se blottissent dans leur cabane, repartent en vadrouille.
Aux alentours, je déniche d'autres places, souvent vides. La pluie persistante décourage les flâneurs.
Par un passage sous deux maisons successives, traversant deux courettes, je débouche sur la cabane des galopins.
Cette fois, mes Robinsons réclament une photo et je m'exécute.
3
A l'est de Lagan Chowk, une cour intérieure contient temple, stupa et enclos de sculptures bouddhistes.
Un vieil homme regarde, songeur, mes allées et venues entre les sculptures de bois, les dragons métalliques et les Bouddhas assis en tailleur.
Toute la façade d'un immeuble est tapissée de linge multicolore séchant aux fenêtres et sur des rambardes.
Je continue sur Bhote Bahal.
Des travaux de réfection d'une maison encombrent une ruelle.
Plus loin, des garcons tapent dans un ballon de foot dégonflé.
Le "floc" du shoot n'est guère réjouissant, mais vaut mieux qu'une absence de ballon.
La rue serpente ensuite en pente douce.
Toutes les boutiques sont ouvertes et je calme les gargouillis de mon estomac en repérant beignets et autres comestibles.
Deux jeunes femmes lavent une pile respectable de linge devant leur seuil. Il y a du boulot...
Un escalier descend dans une fosse protégée par des murs.
Elle est ombragée par de beaux arbres, dont l'un sert d'oratoire.
Des vapeurs d'encens frolent les sculptures hindoues de Ganesh et de Shiva, peintes en rouge.
Des femmes viennent se recueillir quelques minutes. L'endroit est frais, très agréable.
Mais il n'y a aucun siège où s'asseoir.
La carte mémoire de mon Canon me refuse tout service. Je le range dans mon sac, décidé à ne plus le sortir.
Un peu plus bas, une place est construite en surplomb d'un carrefour de la route. Quelques hommes discutent à l'ombre des maisons.
Une commerçante sort de sa boutique, tente une causerie.
Après quelques phrases, je descends jusqu'à une route plus large qui annonce les quartiers récents de la ville. En arrière toute !
Et je remonte Bhote Bahal, m'enfonçant au hasard de l'inspiration dans le labyrinthe des vieux quartiers, faits pour l'homme.
4
Vers l'est, je marche souvent vers la tour de Bhimsen, le quartier de la poste principale, par des chemins de vadrouille.
Par Pako et Khichapokhari, les enclos avec oratoires bouddhistes et hindouistes créent des placettes. On les rencontre constamment.
S'enfoncer dans les ruelles à l'aventure est un plaisir.
Sur l'avenue, un supermarché occupe un immeuble au fond d'une place. Au milieu de la place trône un grand stupa.
Le face à face des deux mondes est immédiat.
Depuis les balustrades, les clients du supermarché peuvent plonger le regard vers les degrés du temple. Amusé, je fais signe à deux clients rêveurs, qui me répondent.
Sous le porche, deux vieilles femmes assises conversent avec une femme, donnent un bonbon à sa fille.
L'axe principal manque de sérénité, à cause de la circulation.
Garder le nez levé n'est pas le meilleur moyen pour se garder des engins motorisés...
5
Vers l'ouest, traverser Ombhal permet de surprendre une vie de quartier très riche, colorée, populaire.
Les placettes avec un puits central de pierre, les vieilles maisons de briques rouges. Je me crois soudain en Italie !
Murs fissurés, herbes folles, pavés noircis et humides de mousse, me réjouissent. Comme Sienne, Assise ou Padoue dans les années 1980.
En 2011, la spéculation et l'argent du tourisme de masse les ont privées de leur population modeste.
Un avenir aseptisé de musée les menace.
A Katmandou, le peuple habite les vieux quartiers.
Temples et oratoires fourmillent à la gloire de Bouddha, Shiva ou Vishnou. L'escalier des temples de briques est encadré de griffons de bronze ou de lions de pierre.
Les portes de bois sculpté sont souvent abîmées. Au fronton, un grand panneau de bois est sculpté de motifs religieux.
La vie est partout.
Une place est déserte. Je me crois seul dans cet univers de briques roses, de sculptures de pierre, de bois sculpté en façade d'un temple.
Mais soudain sept personnes sortent de trois portes différentes, disparaissent par l'entrée principale.
Le quartier de Yengal est comparable à Ombhal en variété urbaine.
Les découvertes n'y manquent pas.
Dans une courette, des récipients de toutes formes, de toutes couleurs, sont alignés en zigzag sur une quinzaine de mètres ! Femmes et fillettes attendent de les remplir d'eau.
Par mimiques, j'exprime ma surprise et mes encouragements, ce qui les fait rire.
Voir A YENGAL, pour d'autres rencontres.
6
De Yengal, je déambule dans Majipat, coupe à travers un pâté de maisons, débouche sur Jaisideval.
M'éloignant de Lagan Chowk, je m'arrête pour contempler quelques façades curieuses. Un mendiant s'accroche aussitot à mes basques.
A deux pas, des bouchers à la découpe attirent quelques chiens.
Une benne à ordures, poussée lentement, rivalise en puanteur avec la viande, travaillée au coutelas.
Il est temps de circuler !
Au bout de la rue, j'arrive à la grande place de Jaisideval, occupée par un temple pyramide à triple toits.
Seul, on le remarque mieux que ceux de Durbar Square.
Les deux esplanades comptent une vingtaine de temples pyramides à double ou triple toits... C'est l'ensemble urbain qui s'avère exceptionnel.
Je grimpe au sommet. Ce plaisir est toujours récompensé.
Deux mendiants font la sieste à l'ombre de la galerie. Trois jeunes filles discutent avec animation. On ne voit pas la rivière de ce poste d'observation. Tout juste une ruelle, qui dégringole vers la Vishnumati.
Aux alentours, je trouve dans une cour un temple jaune. Cette couleur originale me plaît.
Odeur de fumier... À droite, une étable abrite une vache qui sort son museau de temps en temps !
À gauche, près d'un arbre chargé de gros fruits verts arrondis, un homme égrène un épis de maïs pour deux chevrettes.
Je discute avec l'homme, puis une jeune fille. Elle ne connaît pas le nom de l'arbre en anglais. Ses fruits gros comme des melons sont murs en décembre.
Par Chikanmugal, on rejoint en ligne droite Durbar Square.
Mais je m'enfonce sur les côtés par des passages sous les maisons.
On découvre sans cesse places au pavement de briques, oratoires, temples, cours intérieures, stupas sculptés...
Chikamugal conserve plusieurs belles maisons de bois sculptées.
Cela donne une idée de l'ancien Katmandou. Avant que les incendies ne détruisent la plupart d'entre elles.
Sur une place à droite, un temple est précédé par un grand Garuda.
Deux garçons viennent tester leur anglais. L'un d'eux m'affirme apprendre le japonais à l'école.
-"Peux-tu me dire une phrase en japonais ?"
Sa réponse se réduit à un vagissement peu concluant.
Cela fait rire un des deux jeunes hommes, venus jouer aux échecs sur le sol après mon arrivée.
A proximité de Durbar Square, je m'assieds au pied d'un temple, profitant du petit marché et du farniente collectif.
Les toits des temples rebiquent vers le ciel aux quatre coins.
J'engage la discussion avec deux enfants de six ou sept ans.
J'en photographie un... Peu à peu, d'autres arrivent. Me voilà portraitiste, flashant la marmaille dans l'humeur la meilleure.
Les mères commentent mon travail en hôchant de la tête...
Je ne suis pas dupe. Leur amour de mères parle en ma faveur.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:39, le 23/08/2011 dans G41. VIEUX QUARTIERS de KATMANDOU, Katmandou Mots clefs : |
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KATMANDOU
S'ÉVEILLE
écouter la sérénade des oiseaux
se lever à moitié endormi
faire ses besoins en rêvant
balayer la cuisine et le couloir
allumer de l'encens pour les dieux
faire sa prière machinalement
préparer le petit-déjeuner
boire un thé sur le seuil de sa porte
ouvrir la boutique, où les fidèles
entrent en silence
aider les enfants avant l'école
marcher en fumant sa première cigarette
attendre que son bus soit plein de passagers
ramasser les ordures des rues
distribuer sa pile de journaux
vendre ses fruits ou ses légumes
réparer le pneu crevé de son rickshaw
grimper avec casque, gilet pareballes et bâton
dans le premier fourgon de police
s'incliner devant Kalo Bhairava, poser
une lampe et repartir
proposer sa pacotille colorée de plastique
réviser ses leçons avant le départ
balayer devant chez soi
lire le journal au café
donner du riz aux oiseaux sur sa terrasse
pédaler en zigzagant entre les flaques
bénir les fidéles au seuil du temple de Machendranath
porter son fardeau d'échoppes en échoppes
nourrir les pigeons de Durbar Square
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:12, le 22/08/2011 dans G3. KATMANDOU S.EVEILLE, Katmandou Mots clefs : |
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VOCATION
Comment changer un homme ordinaire
en un poète mystique ?
Par une vie dévouée à la beauté
à la poésie ou à l'art
Je veux vivre chaque jour
en hommage à Dieu
chanter ses louanges
pour le miracle d'être
Dieu me donne la joie
le goût des choses simples
l'innocence de l'enfance
pleine confiance dans la vie
En témoin, j'élève mon esprit
avec l'ardeur de l'enfant qui joue
j'oeuvre à des tâches exaltantes
pour la plus grande gloire de Dieu
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:03, le 21/08/2011 dans G2. VOCATION (poeme)., Katmandou Mots clefs : |
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MOTARDS DE KATMANDOU
A Katmandou
piéton à la souplesse de matou
je joue ma vie en matador
les motards me prennent pour une quille
A Katmandou
ma vie ne vaut même plus un clou
j'ai un joker et je m'en fous
je plane : cerf-volant d'amadou
A Katmandou
les piétons rêveurs, pauvres fous
sont exterminés comme des poux.
Gare aux klaxons ! Entendez-vous ?
A Katmandou
les gosses voltigent dans les choux
heurtés par les motards : "Vroum-vroum !"
Il faut bien épater les filles...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 05:58, le 18/08/2011 dans G1. MOTARDS de KATMANDOU, Katmandou Mots clefs : |
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Une PIERRE POUR la ROUTE
A 10 ans, on connaît l'essentiel
on ne peut l'exprimer
A 20 ans, on se croit plus vaste
que le monde
cela nous disperse
A 30 ans, on travaille durement
esclave de l'argent, d'une femme
ou d'une famille
A 40 ans, on se détache peu à peu
de ses fausses ambitions
A 48 ans, je vis pour écrire
et j'écris pour vivre
Je n'ai pas vu Patan, ni Pokhara
je n'ai pas randonné dans l'Annapurna
dans le massif de l'Everest
ces pétales chiffrés du Nepal
Je ne regrette rien de ce que je ne peux faire
je vis comme j'écris tambours battants
je n'ai pas vu Patan ou Pokhara
pour mieux écrire sur Bhaktapur
ou sur Pashupatinath...
Écrire hors la vie n'est rien
vivre sans écrire est vivre moins
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:12, le 4/08/2009 dans F2. Une PIERRE pour la ROUTE, Pashupatināth Mots clefs : |
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HOMMAGE AUX TONGS
Je n'ai jamais pu les appeler
des claquettes
les tongs, cela sonne mieux -
sont les seules chaussures
vraiment indispensables
pour le voyageur en Asie du sud
Quand vous prenez une douche
les pieds nus sont déconseillés
rien ne vaut les tongs
A l'hôtel ou chez l'habitant
les chaussons sont superflus
gardez vos tongs
Au village ou en ville
les tongs sont idéales
remplacent les sandales
La mousson donnent aux tongs
une nécessité indiscutable
vous voyez-vous en botte ?
Dans la chaleur humide
les chaussures sont inadaptées
on les abandonne volontiers
Je randonne de plus en plus en tongs
à l'aise sur leurs semelles de caoutchouc
le pied léger, le coeur serein
Mais hier, heurtant une marche de béton
je me suis ouvert le gros orteil
j'étais en tongs...
Voir son propre sang irrite.
Sac sur le dos, j'ai voyagé en tennis.
Arrivé à Katmandou, pansement au pied
je reste fidèle aux tongs.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:10, le 3/08/2009 dans F1. HOMMAGE aux TONGS, Pashupatināth Mots clefs : |
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PASHUPATINATH
et la
LUMIÈRE
Chaque soir, sur les ghats face au Temple d'or, trois prêtres mènent la fête de la Lumière, en l'honneur de la Bagmati.
La fête débute au crépuscule, mais les gens commencent à s'installer une heure avant.
Les trois jeunes prêtres arrivent sur l'espace central, ou de nombreux objets de cérémonie sont en place.
Ils frappent dans leurs mains, la musique jaillit des hauts parleurs, le public se met à chanter.
Deux fosses latérales débordent de fidèles debout, qui chantent, crient, reprennent les refrains, font plus de bruit que tous les spectateurs réunis...
Cette fête est de pure poésie.
La musique, les chants, la gestuelle des prêtres - porteurs de lumière - remontent loin dans le temps, aux origines de nos terreurs, de nos espoirs.
Il y a ces flammes balayant l'espace, illuminant la nuit, qui laissent des traces évanescentes de lumière.
Il y a ces chants, refrains repris par la foule, ou palpitent la terreur sacrée, le conflit de l'eau et du feu.
Il y a la reviviscence nocturne des rites - ce style social ou chaque geste importe, laisse sa marque indélébile dans l'esprit.
Le tintement métallique des coupelles, le ballet aérien des fouets touffus, l'appel rauque des conques, le tourbillon cosmique des chandeliers en feu - tout devient prière, appel et espérance indissolubles, au plus profond de la nuit - vers la lumière.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:08, le 3/08/2009 dans E4. PASHUPATINATH et la LUMIERE, Pashupatināth Mots clefs : |
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PASHUPATINATH
la
SHIVAÏTE
La ville de Pashupatinath, située à 6 km de Katmandou, est l'un des centres les plus sacrés du Népal.
Pashupati est un des nombreux noms de Shiva.
Il signifie "Gardien des âmes asservies".
Shiva les protège, les stimule sur la voie de la délivrance.
Dans le Mahabharata, Arjuna obtient de Shiva l'arme la plus destructrice. C'est Pashupata.
Elle peut être lancée par l'esprit, la parole ou un arc.
Chaque année en hiver, tous les sadhus du Népal se rassemblent à Pashupatinath pour laShivatri ("la nuit sainte de Shiva").
On les reconnaît facilement à leur tenue souvent orange, leurs cheveux longs, regroupés en chignon. Trois traits horizontaux marquent leur front.
Renonçant au monde, ils mendient pour vivre. Ils portent une gibecière, une boîte métallique et parfois un trident.
Les sadhus mènent une recherche spirituelle, tels Shiva l'ascète, maître du yoga.
Shiva réduit en cendres le dieu de l'amour charnel.
Bhairava, terrifiant et nu, Shiva est absorbé en lui-même dans l'indifférenciation primordiale.
S'il suit héroïquement la voie du vide, le renonçant accède à cet absolu, débouchant sur une joie indicible.
Certains sadhus sont considérés comme des saints et vénérés comme tels.
D'autres sont des imposteurs, prenant l'habit d'ermite pour parasiter les touristes, proies faciles. Devenir un yogi de haute volée demande davantage d'efforts et de compétences...
Quelques individus pittoresques semblent déguisés en sadhus, tant le soin de leur apparence domine toute autre considération !
Leur drogue narcissique s'ajuste à l'obsession photographique des touristes.
Difficile d'être plus exhibitionniste et cabotin.
J'ai rencontré leurs cousins, posant pour une photo contre des roupies, à Katmandou, maraudant autour de Durbar Square...
Représentant d'abord le côté destructeur de la Trimurti, Shiva a pris davantage d'importance par la suite.
Aujourd'hui, on l'associe aussi à la création (Brahma est ravalé à un rôle moindre).
A Pashupatinath, on retrouve partout les symboles de Shiva.
Le plus gros taureau nandi est dans la cour du Temple d'or, réservé aux Hindous.
Je n'ai donc pas pu le visiter.
Mais de l'entrée, on peut admirer le postérieur doré d'un énorme nandi, doté de bijoux de famille respectables (a-t-il, à la lettre, des couilles en or ?)
Dans le vaste domaine de Pashupatinath, les nandis pullulent, devant les temples, ou éparpillés dans les jardins.
Un autre symbole omniprésent est le lingam, associé au yoni.
Le plus gros que j'ai découvert est situé en aval des deux ponts, constituant le coeur du site avec le Temple d'or.
Construite sur une grande tourelle de briques oranges, c'est une sculpture imposante.
Elle est posée de biais, en surplomb et inclinée vers la rivière.
Ainsi le sperme cosmique s'écoule dans la Bagmati, comme le lait des offrandes.
Grâce à son troisième oeil, Shiva peut réduire quiconque en cendres.
Ce symbole est particulièrement vénéré à Pashupatinath, où l'on brûle les cadavres sur des bûchers, au bord de la Bagmati.
On respire sans cesse les fumées de ces bûchers, leurs odeurs fortes mêlées de cendres...
On peut citer comme autres symboles de Shiva : le trident et le tambourin.
Mais aussi le cobra royal, le lion ou le lotus.
Shiva est dénommé sur chaque pétale de chaque lotus.
Pashupatinath est lieu de pèlerinage pour les sadhus, comme pour les Hindous en général.
Ils dorment souvent dans des dharamsalas, dont les prix sont accessibles.
Et les repas peuvent être gratuits.
Quand j'arrive à Pashupatinath, je demande à des passants où je peux trouver une chambre.
Un jeune homme me répond :
-"Ici, c'est réservé aux Hindous ! Il faut remonter vers Gaushala ! Guesthouse !"
Deux hommes approuvent, goguenards...
-" Non, je veux dormir ici, pas à Gaushala ! Et dans un dharamsala ! Où en trouve-t-on ?"
Certains refusent de répondre, détournent la tête...
Mais un homme m'indique le chemin d'un dharamsala, dans le village même de Pashupatinath.
A l'office du dharamsala, mêmes réticences !
Le manager me regarde avec stupeur :
-"Ce n'est pas possible. Nous n'avons pas de chambre pour vous !"
-"Mais ce dharamsala est immense ! En Inde, j'ai l'habitude de dormir en dharamsala. Je connais les règles. Vous n'aurez aucun problème..."
Je mène la négociation avec ténacité, présente de solides arguments.
Finalement, j'emporte le morceau.
Le manager regarde son associé d'un air impuissant...
Il hoche la tête, c'est d`accord pour une chambre...
Je passe deux nuits dans une chambre minuscule.
La nuit, impossible de dormir à cause des conversations, des chants...
Au matin, de multiples démangeaisons me prouvent que des bestioles variées s'activent de nuit...
A mon retour le soir, je retrouve l'assistant dans ma chambre !
En réalité, mon cadenas ne servait à rien. Leur système débile de fermeture permet de l'escamoter...
Aussitôt, je fonce me plaindre auprès du manager :
-"J'ai loué une chambre, pas un hall de gare ! Ma chambre est privée ! Personne ne doit y entrer !"
Le manager m'approuve, hoche la tête...
Plus tard, un peu avant minuit, démangé de partout, j'écris comme un possédé, quand je me retrouve nez à nez avec une souris !
Du coup, je comprends qui a grignoté le trou au bas de ma porte...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:02, le 2/08/2009 dans E1. PASHUPATINATH, la SHIVAITE, Pashupatināth Mots clefs : |
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CRÉMATION à PASHUPATINATH
Comment faire disparaître les corps ?
A Pashupatinath, telle est la question cruciale.
Partout sur cette planete, cette question exige des réponses concrêtes.
En Occident, nous enterrons souvent les cadavres.
Les vers travaillent lentement et en silence.
Discrétion assurée - d'où la paix des cimetières.
Les crématoriums se multiplient, mais leurs cérémonies funéraires sont peu spectaculaires.
A Pashupatinath, les bûchers funéraires sont publics.
On pense aux peines capitales de l'Europe médiévale, quand les sorcières, Juifs et hérétiques, avaient - aux moments de crises sociales - le privilège d'être brûlés vifs en public.
Comment se débarrasser des cadavres ?
A défaut de les enterrer, on peut les brûler.
L'air en garde constamment une odeur caractéristique...
Pour alimenter les bûchers, il faut d'énormes quantités de bois.
Des véhicules déposent sur les berges des fagots de bois.
Une sangle tendue sur leur front, tel le joug frontal des boeufs, des femmes portent sur leur dos ces volumineux fagots jusqu'au plus près des bûchers.
La logistique est prête à résoudre la question des corps.
Comme à Bénarès, il est recommandé de mourir à Pashupatinath.
La famille porte le cadavre sur un brancard en contrebas du Temple d'or.
Les préparatifs commencent.
J'y assiste depuis l'autre rive, côté oriental.
On dépose le brancard à un emplacement spécial des ghats, perpendiculaire à la pente, près de la Bagmati.
Le mort, habillé, est entouré d'un linceul blanc.
On dépouille le cadavre de ses vêtements.
On le recouvre d'un linge orange, couvert d'inscriptions.
On descend le brancard jusqu'à l'eau, le cadavre est aspergé, puis on le repose à sa place initiale.
Ses proches offrent, chacun à leur tour, une guirlande de fleurs, de la poudre rouge, se recueillent.
Ensuite le brancard est transporté vers l'aval, ou plusieurs autels de pierre sont prévus.
Sur l'autel se dresse un bûcher.
Les porteurs y déposent le mort, que l'on arrange au mieux.
Un spécialiste allume le feu.
La crémation commence, veillée par deux personnes (sans compter la famille), qui activent le feu avec une perche.
Plusieurs bûchers brûlent en même temps, dégagent une fumée épaisse, qui fait fuir à plusieurs mètres.
Les odeurs suffoquent, collent à la peau et aux bronches.
Beaucoup plus tard, quand la famille pleure l'incinéré ou se dispute ses biens, les cendres sont jetées dans la rivière vers l'aval.
Le feu et l'eau, éléments de Shiva, permettent de faire disparaître les corps.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 08:06, le 2/08/2009 dans E3. CREMATION a PASHUPATINATH, Pashupatināth Mots clefs : |
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La BAGMATI à PASHUPATINATH
Les plus belles villes du monde sont traversées par au moins une rivière ou un fleuve.
A Pashupatinath, la Bagmati possède au Népal un caractère sacré équivalent à celui du Gange en Inde.
Y mourir est très bénéfique, comme à Bénarès, coeur hindouiste de l'Inde.
Au bord de la Bagmati, sur les ghats du Temple d'or, on asperge les cadavres en public.
Ensuite on les brûle un peu plus loin sur des bûchers.
En même temps, des femmes déchargent dans la rivière de pleins paniers de détritus.
La Bagmati sert de poubelle à ciel ouvert, mais ses eaux fort polluées restent sacrées...
Le coeur religieux de Pashupatinath comprend deux ponts très proches.
On ne cesse de les franchir toute la journée.
La Bagmati n'est pas un obstacle à la circulation entre les deux rives.
Je traverse aussi deux autres ponts contruits plus en aval.
L'un me permet de rejoindre le dharamsala, où je dors, directement depuis la rive opposée à celle du Temple d'or.
Sur les ghats de la Bagmati, la vie est très active.
Des groupes d'enfants s'amusent et se baignent. Certains sautent d'un pont, ce qui est très apprécié par les passants.
Des habitants nettoient leurs enfants, se lavent, essorent leur linge. Le savon mousse...
L'eau aurait besoin d'un bon nettoyage aussi...
Les ghats sont encombrés d'hindous préparant leur panier d'offrandes, contenant des fleurs, des fruits, de l'encens, une bougie allumée.
Ils se recueillent, prient, font un voeu, lancent leur offrande sur les eaux courantes de la Bagmati.
J'ai vu cela partout : sur la Yamuna à Mathura, sur le Gange à Rishikesh ou Uttarkashi, sur la Mandakini ou sur l`Alaknanda...
A chaque fois je suis ému par ce message aquatique, la flamme très vite éteinte.
Mais la fragile coupelle flotte encore...
Que les dieux aient le coeur bien placé et des oreilles pour entendre !
Brahmanes et sadhus hantent aussi les ghats.
Ils donnent audience et conseils, reçoivent hommages et petits cadeaux.
Chacun s'affaire, le temps s'écoule tel qu'en lui-même, pourtant chaque fois différent...
Les touristes prennent des photos, on essaye de leur soutirer autant de roupies que possible.
Chacun est à sa place, les dieux ne peuvent abandonner les mendiants.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:04, le 2/08/2009 dans E2. La BAGMATI a PASHUPATINATH, Pashupatināth Mots clefs : |
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AVIS de PILLAGE !
Les responsables du blog "Couleurs", sur Uniterre (Monysélia, Dédé, Monette, Marmousets) éditent régulièrement mes articles.
Ils le font illégalement, car ils ne m'ont jamais demandé aucune autorisation.
Je proteste contre de tels agissements !
J'ai déposé une PLAINTE auprès d'Uniterre pour qu'ils prennent fin.
En attendant, je refuse de continuer à publier de nouveaux articles.
Je m'en excuse auprès des lecteurs de ce blog.
Je publierai de nouveau chez Uniterre, lorsque :
1. "Couleurs" ne captera plus mes articles éhontément.
2. Ses auteurs reconnaîtront que je ne suis pas leur ami (sic !)
3. "Couleurs" ne devra plus être la référence dans Google pour des articles dont je suis l'auteur ! (Mes blogs sont parfois relégués et masqués...
4. Quand Monycélia, Monette, Dédé et Marmousets m'adresseront leurs explications écrites. Et leurs excuses !
Lionel Bonhouvrier, auteur des blogs :
- http://inde.uniterre.com
- http://inde2.uniterre.com
- http://inde3.uniterre.com
- http://sikh.uniterre.com
- http://nepalaises.uniterre.com
- http://bouddha.uniterre.com
* * *
P.S : (11 août 2009) :
- Je constate que les auteurs de Couleurs m'ont retiré de la liste de leurs amis.
- De plus, mes textes ne semblent plus y être visibles.
- Ces deux conditions étant remplies, en ce qui me concerne, la polémique est close.
L.B.
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Publié à 04:23, le 31/07/2009 dans D7. AVIS de PILLAGE, Mots clefs : |
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PRAJAPATI, vous avez
dit POTIER ?
A Bhaktapur, le nom PRAJAPATI, qui signifie potier, est extrêmement répandu.
D'après Shyam Prajapati :
Il y en a 10.000 à Thimi, petite ville située à 3 km à l'ouest de Bhaktapur.
Il y en a 5.600 dans deux quartiers de Bhaktapur : Thalachhe et Pottery square (dont 2.200 pour le seul quartier des Potiers).
Selon la cosmogonie védique, au début règne le Chaos.
L'être apparaît sous la forme d'un oeuf, flottant sur l'eau.
L'oeuf se brise :
- la coquille devient le Ciel et la Terre.
- l'être devient le démiurge PRAJAPATI ("Père de tous les êtres").
PRAJAPATI crée la lumière, les dieux et les premiers hommes.
C'est un âge d'or pour la première race humaine.
Mais une dégénerescence provoque un déluge, dont seul Manu échappe, ce qui lui permet de repeupler la terre.
(voir mon poème "MANU A MANALI" dans mon blog "inde2").
Cette perspective védique permet de comparer le potier-Prajapati à un démiurge-Prajapati, créateur de figures en argile, devenant vivantes.
On retrouve ce mythe dans la Grèce ancienne avec Pygmalion et Galathée. C'est Aphrodite, ou l'Amour, qui donne vie à Galathée.
Mais l'amour du sculpteur ou du potier pour son oeuvre est capable, lui aussi, de bien des miracles.
A Bhaktapur, je connais deux familles.
Celle de Roshan (19 ans), avec son frère Rosen (16 ans), son père et sa mère. lls habitent Pottery Square.
(Voir mon article "LE TRAVAIL DES POTIERS A BHAKTAPUR" dans ce blog).
Et la famille de Shyam Prajapati.
Je rencontre Shyam grâce à un message, laissé par Jean LEMAN, sur mon blog "nepalaises".
Jean voulait avoir des nouvelles de la petite bibliothèque pour enfants, dont s'occupe Shyam. (Voir le blog de Jean "bonomali", dans mes liens).
La bibliothèque est fermée. Mais on m'aide à le retrouver grâce à un appel sur son téléphone portable.
Syam a 24 ans. Il me propose de l'accompagner chez lui.
Sa famille habite une maison située au sud de Bhaktapur, au-délà de la rivière, puis de la highway. C'est la route construite par des Chinois, qui mène au Tibet.
Nous montons sur la terrasse saluer la mère et la soeur de Shyam (21 ans).
J'ai droit à une visite complète de leur maison !
Au 1er étage, il me montre quelques unes de ses sculptures (éléphants à trompe tronquée, Bouddha, temple avec cinq toits).
Certaines sont en céramique.
Sur un ordinateur, il dispose d'une copie du blog que Jean a réalisé sur uniterre, en anglais.
Je regarde aussi un petit film tourné lors du nouvel An Newar, la fête de Bisket Jatra, en avril. C'est la plus grande fête à Bhaktapur.
Une foule immense s'entasse sur les degrés des temples, comme celui de Nyatapola, place Taumadhi.
Deux grands chariots peinent à fendre la multitude.
Sur la place des Potiers, l'érection d'un grand mat s'avère difficile !
Au rez de chaussée, un four électrique dégage une chaleur infernale.
Shyam me montre ses oeuvres : plaques décoratives, bougeoirs avec Bouddha, temples de différentes tailles, statuettes en terre cuite ou en céramique...
Soulagement quand nous sortons enfin de cette fournaise...
Dans le jardin, ils font pousser des légumes (haricots verts).
Mais le hangar m'attire grâce à son foyer caractéristique et son gros tas de cendres.
-" At Thimi, it can have 4 meters high to product ceramics ! "
Dans le fond, je peux voir un véritable four.
Au total, la famille de Shyam possède deux fours et un foyer traditionnel...
Un véritable suréquipement !
Le lendemain, Shyam m'ouvre la petite bibliothèque, située sur la place des Potiers.
Elle est surtout composée de documents pour adultes : journaux entassés en désordre, revues éparpillées, brochures politiques (le petit livre rouge de Mao) ou d'organisations comme la Croix Rouge.
Peu de choses pour les enfants.
Mais elle a le mérite d'exister. Elle fédère ses membres, qui organisent des réunions, des repas sur la terrasse ou dans la cour.
Plusieurs membres se réunissent régulièrement sur la terrasse de NEPA guesthouse, que je fréquente assiduement...
Shyam tient à me guider dans le quartier Thalacche, où vivent 3.400 personnes nommées PRAJAPATI.
Il s'amuse à me désorienter, en empruntant des ruelles à l'écart des axes principaux, des passages sous les maisons, au cours desquels il faut baisser la tête.
Nous voyons de nombreuses familles, possédant des foyers, utilisant les mêmes techniques que dans le quartier des Potiers.
Place Dattatraya, je quitte Shyam alors qu'il voulait me guider à Thimi.
Shyam connaît beaucoup de choses et je l'apprécie à sa juste valeur.
Mais je supporte les guides à doses homéopathiques.
Une pulsion de solitude me conseille d'être mon propre guide.
Bonhouvrier peut faire jeu égal avec PRAJAPATI.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:52, le 26/07/2009 dans D6. PRAJAPATI, vous avez dit POTIER, Bhaktapur Mots clefs : |
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REGGAE DE BHAKTAPUR
(Poème)
Sur le toit d'un hôtel
à cinq heures du matin
de la plus haute terrasse
d'un temple de Bhaktapur
je chante l'air qui vibre
le rythme qui prend corps
les cris du nouveau né
la joie toujours nouvelle
je hante cet espace
ouvert sur l'univers
qui donne la cadence
à mes années d'errance
j'offre plus de vingt ans
en holocauste d'adieu
que cette vie m'appartienne
la liberté m'appelle
Ce chant est un reggae
je le fredonne dans l'ombre
en berceuse, subtil
comme une lumière de style
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:55, le 25/07/2009 dans D2. FESTIVAL a BHAKTAPUR, Bhaktapur Mots clefs : |
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Le QUARTIER des POTIERS
de BHAKTAPUR
Écrire sur le quartier des Potiers de Bhaktapur, c'est parler de ma vie quotidienne depuis plus de cinq jours.
Au réveil, vers 5h, je monte sur le toit terrasse de ma guesthouse avec un Canon.
Je suis accueilli par le croassement rauque des corneilles :
-"Vingt deux ! V`la un bidèpe ! Sauve qui peut !"
Et une demi douzaine de ces volatiles me tirent lourdement leur révérence.
Le plus souvent, le ciel est nuageux, voire bouché...
Je n'ai pris de belles photos de soleil levant que le lendemain matin de mon arrivée.
Toute la voûte céleste était dégagée. Vers le nord-est, les chaînes himalayennes se sont peu à peu éclaircies. Magnifique !
La veille au soir, la mousson avait déclenché un déluge, qui s'est poursuivi une partie de la nuit.
Au matin, l'atmosphère était d'une rare pureté...
Sur les toits terrasses environnants, des femmes apparaissent.
Elles allument un autel, cueillent des fleurs au sommet de longues tiges, pour les offrandes.
D'autres emportent le linge sec ou se lavent à l'aide d'une bassine.
Un homme ou une femme distribuent du riz, qui attire un nuage de pigeons.
Selon l'état du ciel, je reste sur la terrasse dix minutes, ou plus de deux heures.
Un matin, j'y monte la chaise de ma chambre.
J'y gagne en discrétion, car on me voit difficilement assis, en grande partie caché par le muret.
En confort aussi, pour de longues stations.
Grâce à une relative fraîcheur, j'y écris plus agréablement qu'entre les murs de ma chambre.
Un matin, peu après 6h30, une musique de fanfare et des chants me supprennent.
Cette procession musicale passe dans la quartier, de cour en cour, et s'arrête devant les chapelles et les offertoires.
Du toit de la guesthouse, j'ai une vue plongeante sur une cour de ce type. Cela se répète chaque matin.
Dans la journée, puis les jours suivants, je ne cesse de croiser ces défilés musicaux dans le quartier des Potiers.
Les musiciens ouvrent la marche. Honneur à la clarinette et aux trompettes ! Suivent les tambours, les cymbales, les callebasses.
Une vingtaine de marcheurs anonymes, souvent des jeunes gens à la mine sérieuse, ferment la petite procession.
Avant de descendre de ce perchoir, imaginez un chat noir, qui déambule avec élégance et souplesse de toit en toit.
Je l'observe deux matins de suite, fort intéressé par des poulaillers, nichés sur certaines terrasses.
Un miaulement expressif exprime un espoir déçu, les pigeons réagissent vite...
Depuis la première nuit, je connaissais l'existence de cette basse-cour haut perchée.
A quelques mètres de ma fenêtre, un coq détraqué par l'altitude chante un pseudo lever de soleil à toute heure de la nuit !
Place des Potiers, où j'ai passé bien des heures, on apprend beaucoup, lorsqu'on s'offre le luxe de l'oisiveté.
Au centre, un autel construit sur une dalle.
Côté sud, un petit temple, où entrent une majorité de femmes, imitées par les enfants.
Sur deux côtés, des galeries ouvertes, sortes de loggias, sont très utiles.
Elles servent d'entrepôt et de séchoir pour les poteries fraîchement sorties de l'atelier.
En cette période de festivals d`été, les galeries accueillent les musiciens chanteurs, pour des sessions tintinnabulantes.
Coups de cymbales obligent, celles-ci évoquent les cris de gosier des corneilles...
A toute époque, les galeries permettent de se réunir à l'abris, pour converser entre amis.
Bhaktapur me rappelle souvent Sienne, quand j'y errais des journées entières il y a une vingtaine d'années (je dormais dans un fourré avant de vagabonder dès l'aube).
Comme à Sienne, la vie de quartier est palpable à Bhaktapur.
Les nombreuses places possèdent un puits et un autel, on y débouche par un discret passage sous une maison (gare à sa tête !).
Avec ses fêtes, réunions et palâbres, chaque quartier est vivace.
Les jeunes hommes se réfugient dans une dhaba ou un café pour y fumer discrètement, à la sauvette...
Beaucoup d'hommes y lisent le journal en buvant un thé.
Parfois quelques joueurs se groupent autour d'un échiquier ou d'un jeu de cartes.
Sur la place des Potiers, sur comme sur beaucoup d'autres places du quartier, des gerbes de paille sont répandues auprès des autels.
Des femmes déposent sur le sol ou de grands tissus des dizaines de pots, qui donnent une géométrie de couleurs et des dessins inattendus.
Des chiens flânent près des poteries, mais on s'en méfie...
Je photographie parfois un chien, des vieillards chapeautés et silencieux, deux vieilles femmes en conciliabule, un défilé de musiciens que la brise emporte, un potier actionnant sa grande roue, des femmes s'occupant d'un temple ou d'un autel...
Mais je photographie avec une joie inépuisable les enfants.
De tous âges, garçons et filles, jouant seul aux osselets, ou en groupe à cloche pieds, poussant un pneu avec un bâton, essayant le coup des "Ten roupies !", venus m'observer avec une curiosité visible, touchant les poils de mon bras d'un air méditatif, riant quand je leur montre les photos, disparaissant aussitôt vers de nouveaux jeux...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:54, le 25/07/2009 dans D4. QUARTIER des POTIERS de BHAKTAPUR, Bhaktapur Mots clefs : |
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Le TRAVAIL des POTIERS
de BHAKTAPUR
Je loge dans une guesthouse (Nipa G.H), située dans le quartier des potiers de Bhaktapur.
La plupart du temps, en sortant, je monte à gauche vers la place Taumadhi.
Mais en descendant sur la droite, je débouche en 20 secondes sur Pottery Square, grande place rectangulaire, à Talako.
Aujourd'hui, je découvre, place des Potiers, des centaines de poteries, séchant sous des galeries ouvertes, ou dehors au soleil.
Celui ci est timide, les nuages et la pluie prenant souvent le dessus.
Traversant une galerie occupée par de nombreuses poteries noires, je trouve un potier au travail dans son atelier.
Il fabrique des tirelires en glaise sur un tour artisanal.
Dans la cour, son fils prépare les blocs de glaise noire.
Il les malaxe longuement, enlève les impuretés.
Puis il leur donne la forme d'un tronc conique.
Roshan, 19 ans, répond volontiers à mes questions.
Chaque bloc de glaise pèse 10 kg, permet de fabriquer entre 15 et 20 tirelires, d'un modèle moyen.
Il ne faut pas plus de six mois pour apprendre à tourner ces tirelires, faciles à produire.
Bien sûr, il a appris le métier avec son père.
Je regarde le potier tourner tirelire après tirelire. C'est passionnant !
Du bloc de glaise en tronc conique, voir jaillir un récipient, l'un après l'autre, entre les mains du potier, comme s'il accouchait la civilisation à partir de la terre brute...
Je ne photographie qu'après m'être rassasié de ce jaillissement créateur, presque magique.
Cela remue quelque chose de très profond en l'humanité.
L'homme-potier imite Dieu, lequel a crée l'homme avec de la glaise.
Madame Prajapati, mère de Roshan, enlève sur un plateau les poteries achevées qui encombrent l'atelier.
Elle s'assied dans la galerie extérieure, où elle égalise la base de chaque objet, en coupant avec une lame les morceaux superflus.
Elle se réjouie quand je lui montre quelques photos : d'elle à la découpe, de son potier de mari, et de Rohan malaxeur en chef !
Retour à l'atelier, où M. Prajapati débite des tirelires à cadence constante, en veux-tu en voilà !
À ma demande, il commence une série spéciale : échantillon de ses talents, composée d'une dizaine d'objets, chacun unique.
Les formes et les tailles sont variées : pots, coupes, tirelires, vases...
Quel progrès, ce passage de l'industrie artisanale à l'art d'artisan !
Roshan dépose la série spéciale dans la cour, où M. Prajapati pose avec fierté derrière son oeuvre.
Quel dommage que je ne sois qu'un apprenti photographe...
Ensuite, je fixe un rendez vous avec Roshan à la nuit tombée chez eux.
Je retourne voir les enfants du quartier, avec lesquels je passe de bons moments (voir l'article : "LE QUARTIER DES POTIERS").
Dans la journée, j'ai découvert d'autres techniques en flânant sur la place.
Une broyeuse permet de mélanger deux types de terre pour obtenir la glaise adéquate. Une des terres est très noire, donne sa couleur au mélange.
Pour des pièces assez grandes, des femmes trouent et enlèvent la base de glaise. Elles comblent le trou en repoussant délicatement la glaise des parois...
Elles s'aident d'un pilon pour consolider le fond et répandent une poudre à certaines étapes de leur travail.
A une étape ultérieure, une autre femme consolide le fond de pots, en le martelant avec un pilon.
Après 19 heures, je retrouve Roshan.
Nous échangeons nos adresses respectives sous la galerie, grâce à ma torche. Sa mère nous rejoint.
J'enverrai des photos aux trois membres de la famille, composée en réalité, avec trois autres enfants, de six personnes.
Roshan n'est guère passionné par le métier de potier.
L'avenir est incertain, la production se vend moins bien, à cause de la concurrence d'autres matières.
D'après lui, il y a cinquante potiers à Bhaktapur...
Il aimerait voyager, mais semble pessimiste sur la possibilité de réaliser cette envie.
-"I would to visit Eiffel Tower !"
-"I promise to send you a nice postcard from Paris. Travelling accross the world is expansive. But if you spend money, you can do it in several years !"
Roshan me propose de venir le lendemain matin à 7 h sur la place.
Je pourrai voir les poteries cuites, devenues rouges.
Un rendez vous que je ne veux pas rater...
* * *
Le lendemain matin à 7h, je descends place des Potiers.
Au sud, deux grandes huttes rectangulaires sont les bâtiments essentiels.
Elles possèdent un toit de tôles, l'un est recouvert de tuiles, l'autre de paille. Elles protègent deux foyers importants.
Les potiers n'ont pas de four.
Avant d'allumer le feu, on dépose une épaisse couche de paille, puis des poteries, puis de la paille, des poteries et ainsi de suite.
On obtient une succession de couches stratigraphiques alternées, que j'aimerai observer avec des rayons X.
On voit un énorme tas de cendres de près de 2 mètres de hauteur.
Il est truffé de pots, dont la plupart sont enfouis, invisibles.
Une fumée âcre et piquante s'échappe par des tuyaux, spécialement disposés à cet usage,
Des petites flammes palpitent ça et là.
Un grand feu ayant produit beaucoup de braises, les poteries cuisent pendant une durée variable, entre deux et quatre jours en moyenne, selon le type de pots enfouis.
Leur couleur change, de noires elles deviennent rouges.
Un potier précise qu'une cuisson peut contenir environ 2000 petites poteries.
Je repère certains pots cassés, extraits des cendres.
Environ 10% d`une "fournée" est perdue. Il n`est pas possible de maintenir pendant des jours la température idéale, ce qui provoque de la casse...
Je retrouve Roshan et ses parents, chacun occupé à sa tache.
M. Prajapati tisonne les cendres pour retirer les pièces de terre cuite, les déposer dans un panier.
Sa femme enlève le panier hors de la hutte et aide son fils à remplir de poteries de gros sacs.
Bien sûr, plusieurs familles travaillent simultanément.
Tous se croisent harmonieusement. Peu de mots sont échangés, car chacun connait bien son travail.
Dans son coin, Roshan remplit des sacs sans répit.
Des billets de banque passent de mains en mains.
Sur la place, un potier n'utilise pas un tour habituel, mais une grande roue.
Avec une perche, il lance son mouvement giratoire, puis tourne sa poterie tranquillement.
Un vendeur d'accroches poussière pour touristes, vexé par l'intérêt visible que je porte aux potiers, m'aborde.
La veille, il m'a proposé de visiter sa boutique, en vain.
L'affreux me relance ce matin, dégoulinant de servilité.
J'arrive à me dérober avec doigté...
Au diable, tous ces marchands aussi gluants que des tue-mouches !
Alentours, des poteries soigneusement disposées en tas, en rangées, ou d'autre belle façon, s'accumulent.
Tailles et formes sont variées : les inévitables tirelires, des coupes, des bols, des bougeoirs, des lampes pour temple, des soucoupes, etc.
Les femmes vont et viennent avec un panier tantôt vide, tantôt chargé.
Je quitte les lieux par l'ouest, évitant soigneusement de passer devant la satanée boutique du caméléon.
Et si ce camé au bizz s'appelait Léon ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:05, le 22/07/2009 dans D3. TRAVAIL des POTIERS de BHAKTAPUR, Bhaktapur Mots clefs : |
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FESTIVAL À BHAKTAPUR
En déambulant au hasard au nord de Durbar Square, je tombe sur une fête, qui ouvre la période des festivals à Bhaktapur.
Il s'agit du festival Ghantamangal, qui a lieu chaque année en juillet à une date variable.
J'avais vu dans la matinée des fagots de paille, formant des croix, posés au milieu de plusieurs rues.
A quoi pouvaient-ils servir ?
La réponse m'est donnée en fin d'après-midi, quand je repère un grand attroupement populaire. Cris, musiques et chants m'attirent.
Un feu grandit peu à peu au milieu de la rue. La fumée épaissit...
Que se passe-t-il ?
Un groupe d'enfants hyperexcités hurle, en brandissant un faisceau de paille.
Des gamins allument leur faisceau au feu, imitant quelques adultes.
Serait-ce un autodafé ?
Je prends des photos en attendant d'y comprendre quelque chose.
Les habitants sont sur le pas de leur porte, à leur fenêtre, assis sur les trottoirs.
D'autres participent, chacun à sa manière.
La fumée et son odeur âcre envahissent la rue, beaucoup de femmes toussent, récupèrent un enfant en fuite.
Des danseurs gesticulent, pantins désarticulés qu'un démon manipule.
La musique et les cris de raliement redoublent, un cortège se forme, qui démarre dans un joyeux désordre.
Après quelques photos de badauds, je suis la foule, sans me presser.
Je veux photographier les gens, tout sourire, qui discutent en famille ou entre amis, grâce au cortège braillard, dansant et pyromane.
La rue descend jusqu'à une porte au nord de la ville. C'est la première fois que je viens dans ce quartier.
Ensuite, le cortège empreinte la route de Katmandou.
La foule est de plus en plus nombreuse. Comme moi, les passants prennent la suite de la procession carnavalesque.
Après dix minutes de marche, arrêt à la lisière de la campagne.
L'épouvantail au visage grotesque, composé de fagots de paille, est totalement brûlé.
Plus tard, je comprendrai qu'il fallait arriver jusqu'aux rizières, qui doivent être protégées du démon Ghantamangal et des insectes.
Pendant la crémation, je vois mieux les musiciens, leurs tambour, cymbales et autres percussions.
Retour vers la ville.
Je photographie tranquillement danseurs et musiciens, au milieu des klaxons de camions, de leurs bouffées de gazoil et de nuages de poussière.
Peu à peu, les gens se dispersent.
Le groupe, réduit à une vingtaine de personnes, revient finalement à son point de départ.
En fait, de nombreux défilés sillonnent au même moment Bhaktapur, et j'en verrai d'autres jusqu'à 22 h.
Abandonnant ce cortège, je remonte la rue et rejoins un autre groupe en formation.
Posté à dix mètres, je regarde les préparatifs.
Mais un garconnet se plante devant moi et réclame une photo. Je lui offre ce plaisir.
Du coup, deux fillettes s'approchent. Autres séances photos...
La plus grande a neuf ans, converse en anglais avec une aisance étonnante.
L'autre fillette, six ans, est son amie la plus proche.
Le garçonnet a également six ans. Tous deux sont trop jeunes pour parler anglais.
Le groupe s'ébranle et descend la rue.
Les porteurs de torches crient, courent et chantent.
La fillette de six ans se frotte les yeux, car l'épaisse fumée est irritante.
Cette fois je reste sur place.
Nous nous asseyons sur le trottoir pour discuter plus à l'aise.
Ma copine, douée en anglais, m'apprend que c'est le festival Ghantamangal.
Les gens veulent brûler le démon Ghantamangal (le mannequin grimaçant) pour se protéger contre ses mauvaises actions.
Je vois bien Gantamangal, son visage circulaire blanc.
Il possède une belle moustache et une grande bouche rouge. Des branches couvertes de feuilles lui servent de couvre-chef.
Son corps d'épouvantail est grossièrement composé de paille.
Mon amie linguiste s'intéresse à mon guide du Népal, notamment aux cartes.
Je lui apprends à photographier avec l'EOS.
D'abord intimidée par son poids et sa taille, elle s'en tire plutôt bien.
La quatrième photo est nette.
Du coup, elle veut me prendre en photo. C'est une réussite !
Depuis plus de deux semaines de voyage, c'est le premier cliché que l'on prend de moi.
Je fais connaissance avec sa grand-mère, une amie de sa mère, etc.
Mais la nuit est déjà noire, je quitte tout le monde, en quête d'un dîner, en plein air, place Nyatapola.
Le lendemain, deux sources complètent ces connaissances succintes sur le festival.
Le fils de mon logeur m`apprend que "Ghantamangal" marque le début de la saison des festivals.
Ensuite, ils se succèdent toutes les deux semaines en moyenne.
Trois employés d'un restaurant se concertent pour me renseigner davantage.
Fin juin-début juillet, on plante le riz.
Le démon Ghantamangal arrive pour détruire les rizières...
Pour s'en protéger, les habitants construisent un mannequin en paille de Ghantamangal. Puis ils le brûlent symboliquement.
Le démon, les moustiques et autres insectes sont neutralisés.
Cela garantit de bonnes récoltes.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:52, le 21/07/2009 dans D2. FESTIVAL a BHAKTAPUR, Bhaktapur Mots clefs : |
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HARCÈLEMENT À BHAKTAPUR
Ne saviez-vous pas que vous êtes une cible vivante ?
Pauvre innocent...
Votre apparence d'Occidental vous condamne.
Dès que vous approchez du Durbar Square de Bhaktapur, une nuée de rapaces se jettent sur vous.
-"Do you want a taxi, sir ? To Kathmandu ?"
-"No, sir ! I'm just arriving ! I want to stay several days in Bhaktapur. Sorry, but I don't need a taxi."
Le chauffeur s'éloigne, en quête d'une autre proie.
Quinze secondes plus tard, un jeune homme m'aborde :
-"Hello, do you need a guide ? It's very important to understand the city !"
-"No, I don't need a guide, thank you !"
Mais celui s'accroche, malgré la clarté de ma réponse.
-"I'm a very good guide, you can trust me !"
Agacé, je le regarde droit dans les yeux, et détache chaque syllabe :
-"I don't need a guide. Thank you and good bye !"
Mon ex-guide comprend mon regard. Il hésite, puis s'éloigne lentement...
Bon... Je vais peut-être avoir la paix.
Quel optimiste... Un crétin inconscient de la faune environnante... Un déphasé, qui ne perd rien pour attendre.
Trente secondes plus tard, en pleine illusion bouddhique, une fillette me fait redescendre sur terre.
-"Rupies, give me rupies... Rupies, give me rupies..."
La litanie se poursuit, obsédante.
Je ne donne qu'exceptionnellement aux enfants. Ce serait les encourager à mendier au lieu d'aller à l'école, de s'y accrocher pour améliorer leur situation.
-"No, please, let me alone !"
La fillette anonne sa phrase, d'une voix atone, en me serrant à me toucher, pendant plusieurs minutes.
Comment m'en débarrasser ?
Tous les mendiants du coin vont rappliquer s'ils me voient lui donner quelque chose.
Je décide de ne plus lui parler, de continuer mon chemin.
Quand je quitte la place, elle renonce à me pousuivre.
Cette première traversée de Durbar Square est symbolique.
Chaque fois que j'y reviens, les harcèlements se répètent.
L'agacement fait place à l'énervement, puis à l'exaspération.
Selon mon humeur, ma patience du moment, je peux devenir mordant, voir davantage.
* * *
Le lendemain matin, je reviens muni d'un appareil photo.
Je subis une quinzaine d'abordages dans la matinée !
-"Do you want to go to Kathmandu, sir ? Or everywhere ? I'm your solution, sir !"
-"No, sir. I detest taxi, I prefer buses !"
-"Good morning, sir ! I can give you excellent informations. Where do you come from ?"
-"I'm a French. I don't need a guide. Is it clear ?"
Deux minutes plus tard, un jeune homme fonce sur moi :
-"I'm a guide. I can help you for 200 Rs, only !"
-"I don't want your help ! I prefer to be alone. Good bye !"
-"Alone, you can't visit Bhaktapur in good conditions, sir !"
-"Yes, I can. And you, go away !"
Je passe sur une série d'assauts, pénibles pour un visiteur, mais terriblement ennuyeux pour des lecteurs, mêmes compatissants.
Un autre jeune homme se pointe. Avant qu'il ne parle, je lui balance :
-"You are a guide ! I become a specialist ! I don't need a guide. Good bye !"
Cela le fait sourire, il n'insiste pas. Le seul qui aura su ne pas me barratiner... Mon préféré dans cette escadrille de bavards.
Un écolier en uniforme haut comme trois cerises rachitiques propose ses services. Je lui donne huit ou neuf ans, guère plus !
-"Guide ? For you, it's better to go to school !"
Et il rejoint trois autres gamins, qui se chamaillent à deux pas.
Un énième jeune homme croit pouvoir m'imposer de force ses talents de guide.
Du coup, je deviens féroce, un sabre jaillit entre mes dents, de nombreux bras me poussent comme à Durga, pour décapiter ce ténia verbal.
-"Are you so stupid ? I'm fed up with you ! Shit ! Go away ! I never want to see you, never !"
Bhaktapur fait partie des sites classés par l'Unesco comme patrimoine mondial de l'humanité.
Je propose d'organiser un classement annuel, puis sa publication.
Chaque site serait noté en fonction de certains critères, comme le harcèlement des visiteurs.
Le classement de Bhaktapur serait très défavorable...
Les Newars étant intelligents, ils comprendraient vite l'intérêt de nettoyer leurs écuries d'Augias.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:46, le 20/07/2009 dans D1. HARCELEMENT a BHAKTAPUR, Bhaktapur Mots clefs : |
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VISHNUMATI
RIVIÈRE de KATMANDOU
Une promenade le long de la Vishnumati donne peu l'envie de renouveler l'expérience...
Je l'ai tentée deux fois, preuve que le masochisme me guette. Ou que je voulais prendre quelques photos pour cet article.
Depuis Freak Street, il suffit de s'enfoncer vers l'est dans les ruelles.
Les temples et stupas pullulent. Construits sur des places ou placettes, ils incitent à s'asseoir pour observer les gens du quartier, les passants et les pigeons.
Après un parcours alambiqué, on finit toujours par déboucher sur la rivière.
La puanteur s'impose immédiatement.
Les rives de la Vishnumati sont encombrées d'une succession de décharges sauvages.
On les repère d'abord à l'odeur, puis à leur couleur noire entre les ponts, assez rapprochés, qui enjambent cette modeste rivière.
Chiffonniers et éboueurs s'activent sur les berges.
Adultes comme enfants, ils ramassent les déchets, les brûlent dans des feux. Pollutions de l'air et de l'eau garanties !
Les eaux noirâtres semblent condamner à mort toute espèce vivante au-dela de la bactérie.
Pourtant une bande de gamins en maillots de bain pataugent.
L'un d'entre eux veut récupérer quelque chose près de la rive.
Une brusque envie d'aller respirer ailleurs me saisit.
Lorsqu'on longe les berges desséchées, les véhicules soulèvent des nuages de poussières... Les Népalais que je croise portent souvent un masque qui protège bouche et narines !
A ma seconde promenade, je suis pressé d'atteindre le troisième pont.
Je me rends à Swayambunath. Traverser le village vers le stupa est un soulagement après les affres respiratoires des berges de la Vishnumati.
Je repère alors une cheminée qui pollue à plein régime.
Celle d'un insinérateur à ordures, sans doute.
Les colonnes de fumées montent droit vers le ciel, et balayent les rives de leurs miasmes, en un mélange toxique très efficace.
Les amateurs peuvent venir y déposer leur serviette de plage, prier Vishnou de leur conserver une vie longue et prospère et y chanter des hymnes sur des airs langoureux, en y respirant à pleins poumons ...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 04:28, le 18/07/2009 dans C3. VISHNUMATI, RIVIERE de KATMANDOU, Katmandou Mots clefs : |
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RENDEZ VOUS à DURBAR SQUARE
"Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église".
Tout commence par un mel mystérieux, écrit en lettres capitales.
"RENDEZ VOUS LE 18 JUILLET A DURBAR SQUARE. PIERRE".
Que me veut ce Pierre ? Je n'ai pas l'honneur de le connaître...
Et comment sait-il que je viens de m'installer à Katmandou ?
Au Népal, il existe plusieurs "Durbar Square", mais ce Pierre ne précise pas de quelle ville il s'agit.
Comme s'il connaissait ma présence à Katmandou.
Pas un instant, je ne prends ce message à la légère.
Ce RV semble sérieux, même si deux éléments restent flous.
À quelle heure est ce RV ?
Et à quel endroit précis de Durbar Square ?
Pour le reste, je ne m'en inquiète guère.
Ce Pierre semble capable de m'identifier. Je n'aurai pas besoin de regarder chaque passant sous le nez pour deviner son prénom.
L'idée d'attendre toute une journée, sans certitude aucune, aurait pu m'insupporter.
Curieusement, cela pimente ce rendez-vous peu conventionnel.
Ceux qui ne connaissent pas Katmandou ont besoin d'explication.
Le meilleur endroit pour observer tout Durbar Square est le temple de Shiva. Du haut de son long escalier, on peut aussi y être vu aisément.
C'est là que j'attendrai Pierre.
* * *
Le 18 juillet, je me réveille vers 5h comme d'habitude.
Perché au quatrième étage de ma chambre de Freak Street, j'écris deux heures, fenêtres grandes ouvertes, dans une sérénité qui est un des plus grands bienfaits de cette vie.
Le quartier passe insensiblement du sommeil au réveil engourdi.
Les oiseaux, aux chants variés, sont rejoints peu à peu par les humains, qui échangent quelques mots, entre veille et sommeil.
Les premiers klaxons retentissent après 6 h, encore très espacés.
Ce matin, mon stylo précède mon cerveau, galope sur le papier, comme un cheval flairant l'écurie, qu'il pourrait regagner les yeux fermés.
Cela m'arrive rarement, et j'en profite.
A 7h, je descends dans ma dhaba préférée.
J'aime y prendre le petit déjeuner et un autre repas chaque jour.
On m'y connait, on y respecte mes habitudes.
J'y écris souvent. Si j'y passais toute une journée à écrire, personne n'y trouverait à redire, bien au contraire.
Les garçons comprennent à peine l'anglais et le parlent encore plus mal.
Cela est souvent source d'erreurs, parfois cocasses, qui m'amusent.
Et je regretterais ces écarts poétiques, si notre communication devenait transparente.
Vers 8h, je marche tranquillement vers Durbar Square.
C'est beaucoup trop tôt, mais je n'ai rien de mieux à faire.
Sur la place de Basantapur, les marchands pour touristes sortent de caisses de bois leurs colifichets.
lls les déposent sur des planches de bois, posées sur des boîtes de conserve ou sur des briques, presque au raz du sol.
Les deux premiers jours, les frelons du cru, rabatteurs, chauffeurs de taxi et autres dealers, m'ont harcelé innocemment, se fiant à ma mine d'Occidental.
Depuis une mise au point fort claire, ils évitent de perturber mes rêveries et me laissent aller en paix.
Les voitures et motos ne stressent pas encore toute déambulation à travers Durbar Square.
Je grimpe les marches du temple de Shiva, appelé aussi Mahadeva (Maju Dega).
De là-haut, on domine agréablement la place.
Peu de piétons. Vélos, motos et voitures circulent en souplesse.
De tous côtés, des temples à toits multiples, posés sur des pyramides à degrés, comme sortis de terre, témoignent des siècles passés.
Le Maju Dega possède neuf degrés, marches pour demi dieux, donnant accès à Shiva.
Je sors un bloc, dessine la place, ses temples, pour m'approprier l'espace, faire jouer le vide avec les masses de pierres, de briques et de tuiles.
Dans cet ensemble architectural homogène, le Goddi baithak détonne. Entièrement blanc, son style néo classique surprend défavorablement.
Croquis et dessins se succèdent : le temple de Shiva et Parvati, le temple de Narayan.
A cette distance, la maison de Kumari ressemble un peu à un pallazo italien.
J'achève ce croquis, quand un gamin me touche l'épaule. Sans un mot, il me tend une enveloppe, redescend aussitôt l'escalier.
Dans l'enveloppe, je trouve une carte postale du Durbar Square de Bhaktapur.
Au verso, quatre mots sont écrits : " LE 20 JUILLET. PIERRE."
Ce Pierre aime les formules lapidaires et les Durbar Square népalais.
Une excursion à Bhaktapur me convient.
J'en ai assez de la pollution de Katmandou.
* * *
Descendant d'un bus local à un arrêt situé à l'est de la ville, je traverse à pied la moitié de Bhaktapur.
Quelle concentration de temples, de fontaines ou de puits, de grandes demeures... Je marche dans cette beauté, heureux de respirer une telle atmosphère.
Location d'une chambre dans le quartier des Potiers.
Après-midi visite au hasard dans plusieurs quartiers et je termine cette déambulation à Durbar Square.
La nuit s'infiltre, je meurs de faim.
Je me refugie dans un restaurant de la place, entièrement vide à cette heure, ce qui me plaît.
Buvant un café, je note deux ou trois idées, un rythme, pour un poème.
Au moment où le serveur apporte un plat newari, un déluge s'abat sur Bhaktapur.
Après avoir admiré ce déchaînement de tempête à la fenêtre, je savoure un plat excellent.
Deux Népalais boivent un verre en silence, ne peuplent guère la grande salle vide.
Regarder les trombes d`eau incessantes donne un saveur particulière à ce dîner à la bougie.
Dehors, de rares parapluies jaillissent de la nuit et disparaissent.
Après le yaourt, offert par la maison, je constate que la mousson, toujours aussi violente, mettra des heures avant de s'épuiser.
Avec un parapluie emprunté au serveur, je fonce approximativement dans les rues obscures, ruisselantes d'une multitude de torrents.
On se croirait dans un village de montagne qu'un orage transforme en une mystérieuse pieuvre liquide.
* * *
Le 20 juillet vers 8h, je slalome entre les monuments de Durbar Square pour profiter de la tranquillité provisoire des lieux.
Assis en haut des marches du temple de Vatsala Durga, j'y regarde nonchalamment les oiseaux et les passants.
Soudain, je prends conscience d'un rythme. Un homme fait sonner une grosse cloche à côté, recommence, et ainsi de suite. Chaque série compte vingt coups...
Je rejoins le sonneur, qui me remet une enveloppe et s'éclipse.
C'est une photographie d'une librairie de Bhaktapur.
Au verso : "LUNDI 27 JUILLET. LES CLÉS DU PARADIS. PIERRE."
Toute la journée, je rumine cet aphorisme en marchant à l'aveuglette dans les rues ensoleillées.
Passer toute une semaine à Bhaktapur ?
Et pourquoi pas ?
Il n'y a pas de lieu superflu, il n'y a que des lieux nécessaires.
D'instinct, j'adopte cette loi, je vais séjourner à Bhaktapur le temps qu'il faudra.
Cette ville est attachante. Vais-je y trouver les clés du paradis ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 17:17, le 17/07/2009 dans C2. RV a DURBAR SQUARE (nouvelle)., Katmandou Mots clefs : |
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A KATMANDOU
(Po è me
zazou...)
A Katmandou
c'est la mousson : y'a plein de boue
on patauge dans un beau ragout
jusqu'au mois d'août
A Katmandou
les matous ont des yeux partout
pour nous mater comme des hiboux
chercheurs de poux
A Katmandou
y'a des swamis qui sont des loups
de faux sadhous, qui veulent des sous
des loups garous...
A Katmandou
on se déguise en sapajous
on danse pour le grand Manitou
comme des Papous
A Katmandou
j'ai du bagou comme trois gourous
but I don't smoke, c'est pas mon goût
Oh no, thank you !
A Katmandou
mon coeur tam-tame en fier Zoulou
de randonner au Mont Mérou
avec Vishnou
A Katmandou
la nuit les chiens envahissent tout
hurlent et se bagarrent sans tabou
sacrés toutous...
A Katmandou
il y a des cats vraiment très doux
qui miaulent et se calinent beaucoup
joues contre joues
A Katmandou
la roupie ne vaut pas un clou
telle ce poème à la Izou
du genre zazou
Lionou Bonhou.
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Publié à 17:55, le 15/07/2009 dans C1. A KATMANDOU (poeme)., Katmandou Mots clefs : |
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Les VILLAGEOIS de LUMBINI
La partie commerciale de Lumbini est banale. Elle longe la route principale, de direction sud-nord, qui mène de l'Inde à Kathmandu.
On y trouve deux banques, les boutiques habituelles, hôtels et guesthouses.
En retrait, commence le village des paysans, avec leurs huttes sommaires, d'aspect misérable.
Peu après mon arrivée, je prends mon Éos pour une promenade, dont je garderai longtemps le souvenir.
A quelques mètres de la rue, les rizières s'étendent à perte de vue.
Au loin, une poignée de paysans travaillent ensemble.
Un garçon pousse devant lui trois chevrettes sur les étroits sentiers des rizières. Il arrive finalement où je me trouve. Mais ses chevrettes apeurées refusent d'avancer...
Je recule un peu pour leur dégager le passage.
Retour à la rue, fréquentée en cette fin d'après-midi.
Petits et grands me lancent des Namaste ! sonores.
Je me sens détendu, photographie sans aucune gêne, d'abord des enfants, qui pullulent.
Les chevrettes sont aussi nombreuses, on en voit partout.
Un groupe d'enfants m'adopte. Après des photos classiques, je m'amuse à leur faire prendre des poses inattendues.
Je les fais s'allonger sur le dos, pour former les pétales d'une fleur, dont leurs têtes seraient le coeur.
Puis je les quitte, continue mon chemin.
A une pompe publique, des villageois s'abreuvent ou lavent du linge.
Sur le seuil de sa hutte, une femme épouille les cheveux d'une jeune femme.
Les huttes sont petites, grandes ouvertes, ne cachent rien de la vie de leurs habitants. Plusieurs huttes sont délabrées, comme les petits jardins qui les prolongent.
Chevrettes, chèvres, chiens, volailles se mélangent avec les villageois.
Deux chèvres conversent, avec une poule blanche pose sur le dos de l'une d'elle...
J'arrive au niveau des dernières huttes. La campagne et les champs reprennent leur droit au delà.
Une grande part de l'intérêt de ce texte, du moins pour un lecteur, est dans les photos prises pendant la promenade.
En septembre, j'y insérerai peut-être les plus belles.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:05, le 14/07/2009 dans B3. Les VILLAGEOIS de LUMBINI, Lumbinî Mots clefs : |
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SUNAULI :
FRONTIÈRE : INDE-NÉPAL
Avec Jean-Pierre, un Français avec qui j'ai visité Kushinagar, nous prenons à 6h du matin une jeep collective pour Gorakhpur (durée : 1h15).
Après un thé dans une gargote de Gorakhpur, un bus nous mène en trois heures à la frontière indo-népalaise, à Sunauli.
Vers 10h30, le bus nous dépose près de la frontière.
Il faut continuer à pied dans la boue, en zigzagant entre les nombreux camions, qui provoquent un embouteillage.
Au bureau indien de l'immigration, l'accueil est cordial. Le préposé nous remet un imprimé à remplir. Notre passeport est tamponné.
Le visa d'un mois au Népal coûte 40 dollars. Il nous indique le bureau de change, situé côté indien, à deux pas.
Pour le change, j'ai besoin de 40 dollars et de roupies népalaises. Jean-Pierre ne possède que 30 dollars, il lui faut donc 10 dollars.
Mais l'agent embrouille tout à plaisir. Contre 40 dollars, il prend mes 1300 roupies indiennes, demande de compléter en euros, tout en me vendant des roupies népalaises.
Tout cela à l'oral, dans un anglais peu compréhensible.
Et il mélange les opérations entre Jean-Pierre et moi...
Je n'y comprends rien !
Après dix minutes, dépensées en pure perte, je ne supporte plus cet enfumage. J'exige de séparer les besoins de chacun de nous. Ainsi que du papier et un stylo pour écrire les opérations successives.
Un autre agent arrive avec une calculette.
Il me remet papier et stylo, et j'écris chaque opération en prenant l'euro comme référence.
Joe l'Embrouille veut intervenir, mais je l'ignore pour continuer avec son collègue.
Nous dépendons d'eux pour le cours de la roupie népalaise (selon eux, 96 Rs pour un euro), mais aussi pour le cours du dollar...
Ayant fini mes calculs, je constate que Jean-Pierre, dont la patience a été mise à rude épreuve, est parvenu à ne pas taper sur Joe l'Embrouille, pour lui reconnecter les neurones...
Le préposé de l'immigration nous indique qu'il faudra prendre un rickshaw pour Bhairava quand nous aurons notre visa (40 à 50 Rs).
Nous franchissons la frontière à pied en pataugeant dans la boue, serait-ce symbolique ?
Dans un office du tourisme népalais, j'achète une belle carte du Népal (15 Rs).
A côté, c'est l'office de l'immigration du Népal.
Nous y remplissons deux imprimés, que je remets avec mon passeport, 40 dollars et une photo.
Mon dossier tourne alors aux mains de trois fonctionnaires, avec une sage lenteur...
-"Quel crétin ! Je dois retourner pour changer ce billet !", s'exclame Jean-Pierre. Joe l'Embrouille lui a fourgué deux billets de 5 dollars. Déchiré, un billet est refusé par un fonctionnaire.
Quel as, ce Joe l'Embrouille !
En attendant Jean-Pierre, j'écris dans mon cahier, photographie l'office et je me rafraîchis à une pompe à eau.
Un employé me montre un grand registre. Résigné, je remplis ce livre ouvert pour l'épidémie de grippe H1-N1...
Jean-Pierre revient en râlant. Joe l'Embrouille ne voulait pas échanger le billet déchiré ! Il a failli l'étrangler...
Heureusement, son collègue est intervenu pour régler ce différent en douceur...
Quand je lui montre le grand registre :
-"Pas question, je ne veux plus rien remplir ! J'en ai marre de tous ces papiers !"
-"Le type va t'emmerder... Il y en a pour 20 secondes, inspire-toi de ce que j'ai écrit..."
En bougonnant, Jean-Pierre s'exécute.
Plus loin, nous sommes assaillis par des conducteurs de taxis. Nous ne sommes pas aussi enchantés de leur propositions qu'ils le souhaiteraient...
Le conducteur d'un rickshaw nous annonce :
-"To Bhairawa, it's 80 Rs !"
Le double du prix annoncé au bureau de l'Inde...
Au milieu d`une cohue d'hommes et de véhicules, je trouve un bus qui va à Bhairava pour 10 Rs. Banco !
Je préviens Jean-Pierre, harcelé de toutes parts au milieu de l'embouteillage.
En voyant nos sacs à dos, le contrôleur grimace, prétend que je dois prendre un autre bus... Mais déjà trois personnes m'ont confirmé sa destination... Je m'obstine, persiste à vouloir entrer.
Il se résigne, montre le toit ! Monsieur le Yéti ne veut pas grimper lui-même !
Nous hissons nos sacs sur la galerie, où je les attache.
Il est 12h30, le passage de la frontière nous a pris deux heures. En réalité, les contrariétés vont se prolonger...
Le bus ne part que dix minutes plus tard.
A l'intérieur, le YETI persévère. Il veut m'obliger à bouger ma jambe... Je le rembarre séchement. Soupe au lait, le YETI hurle en népalais : "Dehors ! Vous êtes virés !" ou quelque chose du même ordre...
Jean-Pierre s'énerve, proteste, mais je lui demande de rester calme.
-"Le mieux est d'ignorer Yéti Ier, de rester à notre place, imperturbables. Il ne peut nous virer pour une raison aussi stupide !"
Très vite, le YETI nous oublie, entasse les gens dans le couloir, en les poussant comme des sacs ! Le chauffeur ne semble guère plus tendre. Une fine équipe que ces yétis népalais...
Pour les 20 Rs, j'ai donné un billet de 100, mais YETI the FIRST ne me rend pas la monnaie, malgré deux demandes précises...
A Bhairava, je descends avec soulagement.
A côté du bus, je refuse la monnaie indienne qu'il me tend, réclame 80 Rs népalaises. Deux voyageurs s'intéressent à notre match, roupies contre roupies...
Et YETI Ier me donne enfin ce qu'il nous doit...
Nous récupérons nos sacs à dos. Bon vent !
Où est le bus pour Lumbini ?
Un des voyageurs m'informe que notre bus poursuit sa route pour Lumbini. Il me conseille d'y remonter...
Il n'en est pas question ! Je suis devenu alergique aux yétis.
Il nous faut trouver un autre bus.
Une demi douzaine de conducteurs de rickshaws veulent nous embarquer, en salivant à l'avance, s'exclament :
-"There is no bus here to Lumbini ! You have to take a rickshaw !"
-" There is 5 km to go to the bus stand to Lumbini ! It is 100 Rs !".
Je préfère vérifier ces "informations" au guichet de la gare routière.
La première est exacte, mais la distance est de 2 km, maximum. Le prix demandé est donc excessif.
Les rickshaws-arnaqueurs s'occupent activement de Jean-Pierre, quand je reviens. L'un baisse son prix à 80 Rs. Cela m'amuse beaucoup.
-"Nobody tell us a normal price ? So, we prefer to walk. Good bye, gentlemen !"
Rompant les débats, je file à pied, suivi de Jean-Pierre.
Quarante mètres plus loin, un rickshaw nous rattrape :
-"It's O.K for 40 Rs, sir ! Come inside !"
-"C'est le moins stupide de la bande. Le prix est correct. It's O.K, sir !"
Et nous grimpons dans son rickshaw, qui nous mène au bus pour Lumbini.
C'était notre passage de la frontière népalaise...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:24, le 11/07/2009 dans A. SUNAULI, FRONTIERE INDE.NEPAL, Sunauli Mots clefs : |
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