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VOYAGES RÉELS et IMAGINAIRES au NÉPAL (été 2009, été et automne 2011 ).

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Publié à 23:56, le 11/11/2011,
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KATMANDOU, FREAK STREET (Nouvelle) (29.10.2011)

 

KATMANDOU

 

FREAK STREET

  

 

(Nouvelle)

 

 

 

1

 

 

AUBE

 

 

Je me lève tôt, avant le soleil.

Je n'ai nul goût de rester au lit quand le soleil sonne le diapason d'une journée nouvelle.

Une douche m'éclaircit l'esprit. Et je quitte ma chambre.

 

 

Sur la place de Jhochhen, un chauffeur de taxi attend les touristes du quartier dès l'aube.

Ils gagnent l'aéroport ou veulent prendre un bus pour la montagne.

Freak Street, les boutiques sont encore fermées. Je croise trois ou quatre chiens, autant d'êtres humains.

Au bout de la rue, on empile les journaux sur le trottoir. Deux vendeurs en prennent un tas pour les distribuer dans le quartier.

 

 

La grande place de Basantapur semble vide.

Assis sur un muret, de rares passants savourent un thé.

Sur ce vaste rectangle pavé de briques, quelques marchands s'installeront après 6h30.

La plupart montent leurs planches inclinées sur des boîtes de conserve vers 7h30.

Les touristes auxquels leur pacotille est destinée arriveront plus tard.

 

 

Au bout de Basantapur, une bourse au travail informelle fonctionne déja. Des colporteurs chargent sur leur dos des tapis sanglés, un  tapis roulé sur une épaule. Et ils commencent leur tournée.

Il fait beau.

En cette fin septembre, le polo ou la chemisette suffisent.

La mousson semble avoir tirée ses dernières bordées de déluge.

 

 

2

 

 

GROUPE DE CHANTS

 

 

À 6 heures, je m'assieds sur une natte, près de mes amis musiciens, sur une terrasse du Kasthamandap.

Chaque année en septembre, ils donnent un mois de concerts et de chants entre 6h et 7h du matin. 

Chants religieux en l'honneur de Ganesh, Shiva et Vishnou.

Il manque une dizaine de personnes.

La musique commence avec deux tambours, des coupelles et des cymbales.

 

 

Très vite, les autres membres s'asseyent parmi nous. Le joueur d'orgue électronique débute sa partie. Les chants se renforcent.

Le concert est vraiment lancé.

En quelques minutes, nous plongeons au coeur des rythmes, notre peau devient électrique, nous galopons avec fougue en une extase immobile.

 

 

Il faut s'oublier, vivre les tempos, saisir la première vague et se laisser porter au coeur de la musique.

Le temps ouvre ses gouffres de paradis, les visages deviennent extatiques, illuminés d'un sourire ou d'une gravité de braise. 


 

3

 

 

BANANES ET THÉ

 

 

Achat de bananes à ma vendeuse favorite, après le concert.

Deux thés près du temple Trailokya Mohan Narayan.

La femme me prête un plateau. C'est pratique pour monter les marches jusqu'au sommet du temple.

-"Namaste !" et je lui tends son gobelet de thé.

-"Namaste !" répond-il avec un sourire.

 

 

Le sourire n'est apparu que le troisième jour.

Il porte une casquette beige, une chemise beige à rayures, un pantalon de toile marron.

Des tennis bleues apportent une touche fantaisiste.

Je l'ai trouvé un matin, assis à la place où j'aime m'installer après le concert vers 7h.

 

 

Je m'assieds à côté de lui pour jouir du soleil.

Et j'écris un texte, porté par le rythme profond d'un chant à Ganesh, que mes amis musiciens affectionnent.

Ce jour-là, je n'ai acheté que des bananes. J'en mange une et je lui en tends une autre. Il la prend sans me regarder et la mange.

Aucun mot n'est échangé.

Il déplie son mouchoir pour le faire sécher. Je continue à écrire.

Ce premier jour, il s'en va sans me dire un mot, sans me regarder.

 

 

Le lendemain, j'achète un thé pour moi.

Et je lui donne une deuxième banane. Il l'accepte comme la première. Aucun mot échangé.

Mais au moment de partir, il me salue d'un namaste !

Le troisième jour, j'achète deux thés et je lui en offre un en le saluant d'un namaste ! Il me répond avec un grand sourire.

Nous avons trouvé les rites qui nous conviennent.

 

 

Cheveux blancs, légère barbe blanche ressortent sur son visage cuit et recuit par le soleil. Quand je monte les marches jusqu'à ma place, il est déja assis vers l'est. Tête baissée et yeux fermés.

Au repos, il attend. Il se réchauffe au soleil.

À ses côtés, je réfléchis, j'écris ou je regarde vaguement les passants en contrebas.

 

 

Nous ne nous parlons pas. C'est inutile.

La confiance réciproque suffit.

Avant de partir. il regarde les gens qui défilent tranquillement entre Ganga Path et Durbar Square. Il replie son mouchoir bien sec.

Il ne se mouche jamais dedans, préfère ses doigts.  

 

 

4

 

 

AU CLAVIER PIANISTE !

 

 

Retour vers Freak Street.

Je croise un groupe de musiciens, venant de Freak Street, sur la dalle de Basantapur, près d'une échope de thé.

Ils disposent en faisceau leurs saranguis. Et ils s'asseyent en cercle sur des tabourets autour de leurs instruments.

Peu après, le gamin arrive avec un plateau chargé de gobelets.

Et les musiciens savourent leur thé, sans trop de paroles.

 

 

Je vais travailler dans une cyberboutique, pour des séances de deux heures, entrecoupées d'une pause.

Je case deux séances dans la matinée, quand je ne suis pas dérangé par un ami ou un évènement festif imprévu.

 

 

Mes relations avec Tête de Pioche, le gérant du cyber, s'améliorent.

Pendant plusieurs semaines, je le salue chaque matin vers 7h30.

Je suis souvent son premier client.

Il n'a pas fini de nettoyer sa boutique.

J'attends souvent qu'il dépoussière écrans et claviers avec un gros pinceau. La poussière s'infiltre constamment depuis la rue, sillonnée par de nombreuses motos.

 

 

Tête de Pioche ne répond jamais à mon Namasté, ou mon Good Morning.

Mon salut se heurte et ricoche sur la carapace de son indifférence.

Obstinément, je persévère, maintiens mon bonjour chaque matin. 

 

 

Après trois semaines, il commence à réagir, esquisse une réponse.

Au bout d'un mois, il me sourit.

Avec stupeur, je constate qu'il dévoile peu à peu sa riche humanité.

Il me présente même à sa femme et à ses enfants.

Tête de Pioche s'est apprivoisé.

 

 

Je reviens souvent l'après-midi.

Deux autres personnes se relaient dans cette cyberboutique.

Le soir, un jeune homme y patiente jusqu'à la fermeture à 22h.

J'aime plaisanter avec lui avant de regagner ma chambre pour la nuit. 

Écrire, c'est approfondir sa vie, la lester de gravité.

Écrire, c'est accomplir ce pourquoi je suis né.

 

5

 

 

CIGOGNE

 

  

Ma meilleure amie est une Française de 26 ans, Cigogne.

Elle habite une chambre minuscule au 5ème étage d'une guesthouse de mon quartier.

Mais elle passe le plus clair de son temps sur la terrasse du toit au 7ème étage.

 

 

Cette agrégée de Lettres se donne une année avant d'enseigner à la Sorbonne. Elle passe son temps à lire, à écrire en plein ciel.

Jusqu'à présent, je n'ai pas eu l'honneur de lire ses fragments et ses paragraphes.

Entre gens de lettres, les rapports sont d'une pudeur réjouissante.

 

 

Nous ne nous bavardons une heure ou deux qu'au hasard des rencontres.

Nul rendez-vous fixé à l'avance.

Quand nous nous croisons, selon l'heure, nous allons prendre un petit-déjeuner ou un dîner.

 

 

En général, Cigogne me repère la première. 

À plusieurs reprises, je la croise sans la remarquer. Cela me surprend et me désole.

-"Dire que nous aurions pu nous rater... Heureusement que tu es plus attentive que moi !" 

Car des pensées m'assaillent sans cesse, y compris quand je marche à l'aventure.

 

 

Cigogne ne parvient pas à sortir d'une histoire de coeur brisé.

Il y a trois ans, elle a quitté son compagnon. Il a refait sa vie dans l'intervalle. 

Cigogne sait que le passé ne reviendra pas.

Mais elle demeure amoureuse de ce premier amour.

 

 

Je me moque d'elle pour cette fidélité déraisonnable.

Et je lui fais la cour.

Cela dérange ses plans de lecture et d'écriture.

- "Tu me perturbes ! Tu me déconcentres !", me reproche-t-elle.

Je m'excuse avec humour d'être vivant et amoureux.

-"Je suis la Vie et je frappe à ta porte ! Peux-tu rester cloîtrer en ta Tour d'ivoire ? Je suis une bouffée d'air. Un peu d'oxygène te dérangerait-il ?"

 

 

Apparemment, oui.

Car cette fugueuse disparaît de temps à autre.

Je comprends sa fuite et je compatis à sa peur.

Une peur qui remonte à l'enfance, qu'elle ne peut maîtriser.

Cigogne est un oiseau migrateur.

Impossible de lui en tenir rigueur.

 

 

Je lui fais découvrir Katmandou, l'entraîne dans mes quartiers préférés, ignorés des touristes.

 

Elle craint toujours de perdre son temps.

-"Je m'ennuie très vite avec la plupart des gens. Je devine ce qu'ils vont me dire... Je préfère prendre un bon livre. Je suis sûre de découvrir une pensée riche, d'avancer, de progresser..."  

 
 

6

 

 

PENSER COMME ON RESPIRE

 

 

Écrire beaucoup me plonge dans un état

de pensées continuelles

 

 

Je pense sans cesse

avec une profondeur surprenante

je vis dans un bain de pensée

 

 

Ma vie devient pensée

ou penser devient vie véritable

je pense comme je respire

avec une profondeur de souffle

une vivacité incoupçonnée

 

 

Une musique, un rythme intérieur

portent cette pensée

un des chants de mes amis musiciens

 

 

Participer à leurs concerts

c'était penser en musique

laisser mon coeur penser

comme si mon cerveau lui devait allégeance

 

 

Les battements du coeur rythment la pensée

la maintiennent en immersion

le coeur pense avec gravité

je pense à Cigogne à coeur direct

 

 

Penser et vivre, penser sa vie

ma pensée englobe ma vie par rapport à l'univers

 

 

Je pense sur le trempoline de l'amour

mes sauts périlleux prennent de l'assurance

je suis pirouette

un accent grave propulsé dans l'univers.

 

 

 

7

 

 

DERVICHES D'OMBAHAL

 

 

Je croise leur groupe en allant travailler un matin en cyberboutique.

Dans leur tenue sombre, ils jonglent avec un bambou courbe de plus de trois mètres de hauteur, au rythme de tambours et de gongs.

Ils portent un uniforme traditionnel (pantalon et veste) et une toque sur la tête.

 

 

Leurs démonstrations n'ont lieu que tous les douze ans, pendant deux mois (mi-août à mi-octobre).

Ils interviennent à Katmandou et dans sa vallée.

J'ai la chance de les découvrir un peu avant la fin de cette session 2011.

 

 

Sur une potence en bois, ces adolescents ou jeunes adultes s'exercent à leurs pratiques d'équilibristes.

Cela exige adresse et concentration.

La musique donne la cadence, imperturbable. Elle ne s'arrête jamais.

 

 

Fasciné par leurs exercices de gymnastes, je m'imprègne de leurs gestes lents et concentrés.

Ils utilisent la potence pour une personne, ou pour monter une pyramide de plusieurs membres. 

Un des plus jeunes monte au sommet. Une jupe blanche et une croix de David blanche, au dos de sa veste, le distinguent de ses camarades. 

 

 

Les derviches font passer le bambou derrière leur tête, derrière leur dos et devant eux.

Ils le maintiennent à la verticale, posé sur leur ceinture abdominale, sur une épaule.

Ou même posé sur leur front, leur menton ou dans leur bouche !

 

 

Lorsqu'un jongleur termine un exercice, il ferme les yeux.

Vidé de son énergie, il respire profondément.

Puis un sourire radieux jaillit sur son visage.

Je partage cette fatigue psychique et sa joie me transporte.

 

 

Les têtes de deux démons sont accrochées aux bambous-totems.

On joue avec pour montrer qu'on ne les craint pas.

On exhibe ces totems pour éloigner les autres démons.

 

Ces jongleries relèvent de l'incantation, de pratiques magiques.

Son adresse permet de se mettre en valeur aux yeux du groupe.

 

 

Ces démonstrations racontent la vie des origines dans la vallée de Katmandou.

Dans cette jungle, les animaux sauvages représentaient un danger constant. 

La vallée était hostile, couverte de marécages. On devait dissuader les démons d'approcher. 

 

 

 

On déguise deux garçons en démons, avec une combinaison et une cagoule noires. Une langue de tissu rouge pend de leur bouche.

Le public rit beaucoup, se moque de leurs galipettes et cabrioles.

C'est une bonne conjuration des anciennes peurs.

 

 

 

À SUIVRE...

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 22:47, le 8/11/2011 dans O. KATMANDOU FREAK STREET (nouvelle), Katmandou
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VITA NOVA (poèmes) (30.10.2011).


VITA NOVA


 

(poèmes)

 

 

 


 

1

 

 

Au seuil de ma Vita Nova

je déclare une lourde hérédité

en égoïsme, en prosaïsme

 

 

J'ai lutté pour devenir

être humain et poète

la chenille endurait à la métamorphose



Le papillon jaillit, son vol

prend tous les détours de l'amour

écrit dans l'espace des poèmes

fleurs immatérielles du partage



2


 

Au seuil de ma Vita Nova

le regard traverse les continents

l'espérance ouvre tous les possibles

choisir une route et s'y tenir

 

 

Voie solitaire, imprévisible, créative

un combat de samouraï

expert à l'arc et au sabre

 

 

La poésie m'imprègne

d'un baume indestructible

 

 

Ma vie est conjuration contre la mort

une preuve que toute peur est dérisoire

 



Lionel Bonhouvrier.



Publié à 19:55, le 28/10/2011 dans P3. VITA NOVA (poemes), New Delhi
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ARCHE D'ALLIANCE (poème) (30.10.2011)


ARCHE  D'ALLIANCE

 

(poème)





Au seuil de ma Vita Nova

mon coeur boussole oriente ma voie

 

 

Je refuse d'ignorer ceux qui ont faim

qui comptent sur moi pour survivre

 

 

À celui qui demande, je donnerai

j'obéirai à cette loi divine

 

 

Qui suis-je pour refuser

tout dialogue, tout contact ?

pour considérer mon prochain

comme un ennemi ?

 

 

Je ne vivrai plus séparé

de ceux qui souffrent

qui subissent les lois iniques

de ce monde inique.

 

 

La chaîne de ceux qui donnent et reçoivent

ne peut être brisée

 

 

Comme une Arche d'alliance

elle hisse ce bas monde

au-dessus des marécages

anticipe un nouveau déluge

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 11:10, le 27/10/2011 dans P2. ARCHE D ALLIANCE (poeme), New Delhi
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HOMMAGE AU TIBET (poeme) (28.10.2011)


HOMMAGE

 

au

 

TIBET

 

 

 

 (poème)

 


 


1

 

 

Si je veux garder ma pureté

je dédaigne de me laisser influencer

 

 

Si je veux garder ma pureté

je ne laisserais pas la vie me changer

 

 

Si je veux garder ma pureté

que mon coeur demeure un puissant conseiller

 

 

Si tu veux garder ta pureté

refuse de marcher au pas cadencé

 

 

Si je veux garder ma pureté

que le combat s'engage pour mes idées

 

 

 

2

 

 

Car je veux garder ma pureté

et qu'elle rayonne toujours en liberté

 

 

Car je veux garder ma pureté

y a-t-il un homme heureux emprisonné ?

 

 

Car je veux garder ma pureté

les Chinois sauront ma façon de penser

 

 

 

3

 

 

Si je veux sauver ma liberté

que la Chine cesse d'opprimer le Tibet

 

 

Afin d'honorer ma liberté

je rejette ces pseudo voyages au Tibet

 

 

Si je veux sauver ma liberté

je renie nos dirigeants agenouillés

 

 

Si nous voulons sauver la liberté

nous travaillerons à celle du Tibet

 

 

Si tu veux sauver ta liberté

tu prendras le risque d'être assassiné

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 11:44, le 26/10/2011 dans P1. HOMMAGE au TIBET (poeme), New Delhi
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DANSE DES BAMBOUS (Katmandou, 25.10.2011)


DANSE

 

des

 

BAMBOUS

 

 

 

(derviches de Katmandou)



 

En hommage à Djalal-od-Din Rûmi.

 

 

 

 

 

1

 

 

 

Je fais connaissance avec les derviches grâce à leur musique.

Le 13 octobre vers 7h30 du matin, je marche vers la cyberboutique de Tête de Pioche, quand une musique de fanfare m'alerte.

Je reconnais des tambours, un gong...

À une vingtaine de mètres après la cyberboutique, un attroupement me signale que je brûle.

 

 

Une potence en bois est dressée à un croisement d'Ombahal.

Des derviches en tenue sombre s'exercent à leurs pratiques d'équilibristes.

Cela exige une grande adresse, une concentration entière.

Ils jonglent avec un bambou courbe de plus de trois mètres de hauteur.

Pendant leurs exercices, la musique donne la cadence, imperturbable. Elle ne s'arrête jamais.

 

 

Leurs pratiques rappellent vaguement celles des derviches tourneurs, secte fondée par Djalal-od-Din Rûmi au XIIIème siècle.

Je les appelle donc derviches.

Comme eux, ils portent un uniforme traditionnel (pantalon et veste) et une toque sur la tête.

Ils obéissent à des rites précis.

Dès la première demie heure, leur professeur m'adopte, m'autorise à entrer dans leur périmètre intérieur pour mieux les photographier.

Les jours suivants renforcent cette confiance initiale.

 

 

J'assiste à leurs prestations des 15 et 16 octobre à Ombahal, leur quartier de ralliement.

Le 15, je reste avec eux deux heures et demie en matinée.

Le 16, je passe la journée en leur compagnie.

C'est leur fête de clôture, avec un repas en commun vers midi. Et concerts, discours et réjouissances l'après-midi.

 

 

2

 

 

Le deuxième jour, Nikesh Maharjan, une vingtaine d'années, me donne quelques informations.

Leur groupe se compose de 52 membres, aidés par d'autres personnes.

Tous les douze ans, il se réactive pour des démonstrations avec leurs mâts de bambous en musique.

Il intervient à Katmandou et dans sa vallée.

Cette session dure deux mois, de la mi-août à la mi-octobre.

 

 

Les "derviches" viennent de terminer leur prestation.

À deux pas de la première fois, sur une place d'Ombahal.

Les spectateurs n'ont pas à craindre le passage de véhicules.

Fasciné par leurs exercices de gymnastes, j'oublie souvent de photographier.

Mais je n'en ai cure.

 

 

Je préfère m'imprégner de leurs gestes lents et concentrés.

Ils utilisent la potence pour une personne, ou pour monter une pyramides de trois, quatre ou cinq membres. 

Celui qui monte au sommet est souvent un jeune homme, au costume particulier. Il porte une jupe blanche. Au dos de sa veste, une croix de David blanche le désigne facilement.

 

 

Leurs jongleries avec le long bambou m'impressionnent.

Ils le font passer derrière leur tête, derrière leur dos et devant eux.

Ils le maintiennent à la verticale, posé sur leur ceinture abdominale, sur une épaule.

Ou même posé sur leur front, leur menton ou dans leur bouche !

 

 

 

Ces exercices me passionnent.

Ils exigent un long entraînement et une concentration totale.

Lorqu'un derviche termine un exercice, il ferme les yeux, vidé de son energie et respire profondément.

Puis un sourire radieux jaillit sur son visage.

Je partage cette fatigue psychique et sa joie me transporte.

Plus question de photographie, je préfère partager leur merveilleuse pratique.

 

 

3

 

 

Au cours de la fête du dernier jour, un autre jeune, Rabin Maharjan, complète les maigres informations dont je dispose.

Les bambous sont des totems, où sont accrochès la téte de deux démons. On joue avec pour montrer qu'on ne les craint pas.

On exhibe ces bambous pour éloigner les autres démons.

On peut parler d'incantations, de magie, qui dissuadent les démons d'approcher.

L'adresse des joueurs permet de se mettre en valeur aux yeux du groupe.

 

 

Pour Rabin, les démonstrations de leur groupe racontent la vie des origines dans leur vallée.

La vallée de Katmandou était une jungle. Les animaux sauvages représentaient un danger constant.

La vallée étant inondée, il a fallu l'assécher.

La peau d'animaux tués sert à tendre les tambours.

 

 

À chaque fois, on déguise deux garçons en démons.

Ils portent une combinaison et une cagoule noires.

L'élément comique est leur langue de tissu rouge pendant de leur bouche.

 

 

Le public rit beaucoup, se moque de leurs galipettes et cabrioles.

C'est une bonne conjuration des anciennes peurs.




  A SUIVRE...

 


Lionel Bonhouvrier.



Publié à 11:20, le 24/10/2011 dans N. DANSE des BAMBOUS (derviches de Katmandou, Katmandou
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POUR ELLE (poeme) (23.10.2011)

 

POUR

 

ELLE

 

 

(poème)

 

 

 

 

 

 

1

 

 

ENVOI

 

  

Se cloîtrer dans sa chambre

prendre son coeur pour cible

le déchiqueter sans pitié

et le donner en nourriture

 

 

 

2

 

 

FIDÉLITÉ

 

 

Rester fidèle à ce qu'on aime

prouver à l'aimée

qu'elle peut compter

sur un amour profond, indéfectible

silencieux et sauvage

 

 

Mais l'amant peut manier les mots en magicien

 

 

Je me tais par sauvagerie farouche

passionnément sourd et muet

mon silence est charge explosive

prête à dynamiter le langage

 

 

 

3

 

 

ABSENCE

 

 

Je t'évite pour mieux t'aimer

ton absence ourle chaque instant de présence

 

 

Ma pensée explore ta vie par vagues

devine tes mystères

prophétise l'avenir

 

 

Je te piste avec un flair

de chien obsédé par sa maîtresse

 

 

De loin, je te vois mieux

sur un fond d'absence

ta présence spirituelle rayonne

irradie ma vie

Danseuse

j'admire ta silhouette de lumière

 

 

 

4

 

 

SORCIÈRE

 

 

Ton visage souriant aux tempes brûlantes

aux yeux étirés de chat

sorcière, me jette un sort

 

 

Je fouille de tous mes doigts dans tes cheveux

je masse ton crâne avec volupté

je masse tes lobes de velours

les courbes de tes oreilles

où je me penche et murmure

 

 

 

5

 

 

CHARME CHARNEL

 

 

De près, ton charme devient charnel

tes lèvres vivent entre mes dents

appuyent, pivotent, se rétractent

nos langues timides se frôlent

aspirent leur fraîcheur

 

 

Nous échangeons un baiser suave

d'une fraîcheur de toucher

exacerbée, intense

un baiser de printemps à la diable

inouï de douceur

 

 

 

6

 

 

JE BANDE

 

 

Car je suis une saillie

imaginée en des nuits de saccage

une patience obstinée de la vie explosive

je pense à l'aimée et je bande

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 22:13, le 23/10/2011 dans M46. POUR ELLE (poeme), Katmandou
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DANS LE FEU DU JOUR (poeme) (24.10.2011)


DANS LE FEU

 

DU JOUR

 

 

(poème)





Je prie pour les pauvres en esprit

je prie pour les handicapés du coeur

les amis Gazelle et Thierry

les oubliés, épaves sans amis

 

 

 

Mon coeur - débutant besogneux - apprend

avec une lenteur d'autiste

ouvre ses valves dans le don

s'élargit, s'approfondit chaque nuit

 

 

 

Le présent s'électrise et charge

l'espace d'une liberté sans limite

j'offre attention et confiance

à qui je croise, dans le feu du jour

 

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 09:01, le 22/10/2011 dans M45. Dans le FEU du JOUR (poeme), Katmandou
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L'IMPOSSIBLE EST MON DESTIN (poeme) (22.10.2011)

  

L'IMPOSSIBLE

 

est

 

mon DESTIN

 

 

 

(poème)




L'amour boussole oriente mes choix

de question en question

je pousse le coeur à ses limites

au-delà, il libère et rayonne

 

 

De ma vie, fais ce qu'il te plaît !

Quel que soit le verdict

le coeur accomplira l'impossible

car l'impossible est mon destin

 

 

Avec la sûreté de l'instinct

l'écorché vif pense sa souffrance

la douleur brûle toute illusion

jusqu'au seuil d'illumination


 

Le résultat ne compte pas tant :

qui donc arrête le compteur ?

La route seule importe

avec sa liberté de musique et de coeur

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 04:27, le 21/10/2011 dans M44. L IMPOSSIBLE est mon DESTIN (poeme), Katmandou
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LA PESANTEUR ET LA GRACE (Poeme) (18.10.2011)

 

 LA PESANTEUR

 

  et

 

LA GRÂCE

 

 

 

(poème)

 

 

 

 

 

Entre danse et musique

j'épuise l'obscur de l'eau vive

la pesanteur capitule

devant la grâce, seule réelle

 

 

 

Notre vie d'éphémère

ne rayonne que bouleversée

des orteils aux cheveux

que bouleversante

dans le regard de l'autre

 

 

 

 

Lionel Bonhouvrier. 



Publié à 10:46, le 20/10/2011 dans M43. La PESANTEUR et la GRACE (poeme), Katmandou
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PHYSIQUE DU SEISME (poeme) (Katmandou, 18.10.2011)

 

PHYSIQUE DU SÉISME

 

(poème)


 

 

 

 

Au séisme du 18 septembre 2011

 

18h18 heure locale.


 

 

L'amour secoue corps et âme

me décape au vitriol de ses extases

lessivé, essoré, je roule

et tangue dans la centrifugeuse

 

 

Quand l'amour naît d'un séisme

les répliques s'enchaînent et nous enchaînent

se jouent de nos lignes de faille

 

 

Bienvenue dans l'oeil du typhon

où je pleure le néant de mon coeur

où l'on vomit son fiel égoïste

où la moindre caresse de peau

bouleverse et dévaste

 

 

L'amour se plaît à saccager les nuits.

Que faire de ces nuits blanches

qui hurlent au désert du manque ?

Dormir devient le rêve d'un rêve.

 

 

Le jour, je divague en somnambule

des mirages me persécutent :

elle danse au-dessus des têtes...

Je me frotte les yeux : envolée !

Je me jette au lit et rêve d'elle. 

 

 

Certains sont frappés d'un coup de foudre

notre amour naît d'un séisme

dormir devient le rêve d'un rêve.

 

 

Lionel Bonhouvrier. 



Publié à 08:56, le 19/10/2011 dans M42. PHYSIQUE du SEISME (poeme), Katmandou
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BILLY THE KID (poeme) (Katmandou, 16.10.2011)


BILLY THE KID

 

(poème)



 

 


"Ne tourne jamais le dos à Billy The Kid !"

(Calamity Jane).

 

 

 

 

 

Entre bars et coyottes

j'erre dans le désert de Kat

autour d'une chambre haut perchée

comme un vautour, je joue du colt

 

 

 

Je suis Billy The Kid

le Visage-Pâle, consumé

de mon bonheur d'antan

je crève de soif et d'amour

 

 

 

Moi, un as de la gachette

je titube entre gin et scotch

je ne triche plus au pocker

et je vois double.

 

 

 

Et ma liberté de nomade ?

Où est ma fureur légendaire ?

depuis que Calamity Jane

a fait un hold-up sur mon coeur ?

 

 

 

Lionel Bonhouvrier.



Publié à 08:24, le 18/10/2011 dans M41. BILLY THE KID (poeme), Katmandou
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